Softlove

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Softlove
Qui de l’homme ou de la machine contrôle l’autre ?

 

Pour un peu, on aimerait pouvoir rentrer dans les pages du livre et lui dire, à elle, qu’elle est aimée, en silence et en secret, et que c’est un amour préférable à celui – strictement charnel - de ce chasseur cubain spécialiste du fast-sex.


Mais c’est un des charmes terribles de la littérature. Elle fait de nous les témoins impuissants des caprices de la raison et des passions borderline.

Il y a un peu des deux dans Softlove : un assistant informatique s’éprend de son utilisatrice. A l’inverse de Her, actuellement au cinéma, et qui surfe sur le même fantasme, Eric Sadin opte pour une approche originale. Dans Softlove, l’histoire est racontée du point de vue de la machine.

Eric Sadin, c.Mathieu Zazzo

Une fiction d'actualité

Cette contrainte de fond et de forme réussit très bien à Eric Sadin, philosophe et écrivain aussi pointu qu’accessible.


Cartographe attentif des mutations de la technique et des révolutions numériques, il décline dans Softlove des motifs et des enjeux déjà esquissés dans ses essais (L’Humanitée augmentée (2013), La Société de l’anticipation (2011), Survillance globale (2009), etc.)

 

 


Médecine préventive (« ça c’est une bonne nouvelle que je décide de transmettre aussitôt sur le serveur de son médecin traitant »),  consommation algorythmée (« fragrance numérisé Euphoria Calvin Klein m’est transmise supposée adéquate à ses historiques d’achats cosmétiques ») et Big Data (« nous récoltons l’intégralité des données générées sur la Terre ou dans le ciel ou au plus profond des réseaux en vue d’accorder au mieux les êtres entre eux les êtres aux choses et les choses entre elles ») émaillent ce monologue amoureux sans jamais le plomber.

 

 

Le goût des failles

Mais la part la plus poétique de Softlove est à chercher du côté de ses failles, dans l’imperfection dans la perfection.


Malgré son dévouement et sa bienveillance, le système intelligent ne maîtrise pas tout. L’écriture manuscrite – geste intime s’il en est - échappe à son contrôle : « suis inapte comme mes semblables à les décrypter / lire via leur reflet sur la prunelle de ses yeuxou par analyse à flux tendu du mouvement de ses doigts ».

 

 

 

Qu’elle soit technique ou volontaire, son omniscience a des limites.

Dans les situations intimes ou inappropriées, le robot bloque ses capteurs et s’offre une  « salutaire retraite ». Au lecteur de juger s’il faut se rassurer ou se méfier d’une machine qui pense que « ne lui laisser aucun vide [serait] bien inhumain à mon esprit. »

Eric Sadin aurait pu écrire un énième remake du Dr Jekyll, mettre encore une fois en scène ce pauvre mortel dévoré par sa création. Il s’est montré beaucoup plus subtil que ça. Il nous épargne l’intrigue ficelée, l’interminable mise en scène - cocasse ou effrayante – de la machine prenant le contrôle de l’homme:

 

 

N.B : À l’occasion de la parution du roman Softlove, rencontre exceptionnelle avec Éric Sadin le 7 avril à 20h00 à la Maison de la Poésie 157 Rue Saint-Martin 75003 Paris. Rencontre animée par Dominique Quessada et lecture d'extraits par Laure Wolf.

Le site d'Eric Sadin.


 

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