Silicon Valley : blanco, let's go, come on

L'actualité numérique Lundi 28 juillet 2014

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Silicon Valley : blanco, let's go, come on
Une étude interne de Twitter vient rappeler à quel point le petit monde de la Silicon Valley est dominé par des hommes blancs. Et pas sûr que ça s'arrange.

Quel est le point commun entre Mark Zuckerberg, Larry Page, Sergey Brin, Jeff Bezos, Dick Costolo ou Jack Dorsey ? Ils dirigent les plus grandes entreprises du web, oui ; Ils ont probablement plus d'argent que vous, oui. Mais encore ? Ce sont tous des hommes blancs. Le Monde s'en faisait l'écho ce week-end : les gamètes mâles de type caucasien règnent en maitres sur Internet.

Certains rétorqueront que Yahoo! est piloté par une femme (Marissa Mayer) ou que Sheryl Sandberg est la numéro 2 de Facebook. On leur conseillera de jeter un oeil au dernier rapport sur la diversité de Twitter, dont les statistiques parlent d'elles-mêmes : 70% des employés sont des hommes. Du côté des développeurs, le chiffre culmine même à 90%, ce qui n'arrangera pas la réputation d'un secteur colonisé par les frat boys un brin sexistes (l'actualité récente de Tinder est assez éclairante à ce propos).

Mais la distorsion ne s'arrête pas au sexe. En regardant les petits histogrammes fournis par Twitter, on se rend compte que 9 salariés sur 10 sont blancs ou asiatiques, reléguant la part des Afro-américains et des Hispaniques à 5%. Et c'est pareil chez Google ou Facebook, au pourcent près. Pour rappel, dans le monde réel, un Américain sur deux est une femme, et plus d'un sur dix est afro-américain ou hispanique.

Lutte des classes

Comme le souligne Le Monde, les entreprises de la tech ont bien saisi la nature du problème, en atteste le programme Made With Code, dans lequel Google a investi 50 millions de dollars pour susciter des vocations de programmeuses informatiques. Reste à déterminer si la situation empire ou non. On peut voire le verre à moitié plein : pas plus tard que l'année dernière, la plupart des entreprises de la Silicon Valley refusaient mordicus de lever le voile sur leur déséquilibre démographique ; Désormais, elles publient des rapports annuels. Mais on peut aussi le voir à moitié vide : en 1999, d’après le ministère du travail américain, les femmes représentaient presque 40% de la main d'oeuvre dans la vallée, et elles étaient même majoritaires chez certains dinosaures de la région, comme Sun Microsystems.

L'année dernière, Mark Zuckerberg cofondait FWD.us, un groupe de lobbying qui milite pour un assouplissement des lois sur l’immigration. Objectif : attirer des têtes bien faites en provenance de l'étranger, évidemment. A égréner les statistiques de 2014, il y a encore du chemin à parcourir. Surtout, les hiérarques du web feraient bien de commencer à phosphorer pour anticiper les effets à long terme de leur petit club de mecs (et on ne parle pas ici de cancer de la prostate). A San Francisco, où la Silicon Valley déporte chaque jour un peu plus ses activités, la gentrification avance plus vite que la marée au Mont Saint-Michel. Et c'est la tech, accusée de vivre en circuit fermée et de construire sa propre utopie, qui est pointée du doigt. Les esprits chagrins appelleront ça l’inexorable marche en avant du progrès. Mais en d’autres temps d’autres lieux, on appelait ça la lutte des classes.

Olivier Tesquet



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Photo Flickr CC BY-NC-ND 2.0 merwing

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