Si fragiles festivals...

le Reportage de la Rédaction Vendredi 17 octobre 2014

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Si fragiles festivals...
Il n'y a jamais eu autant de festivals et de festivaliers en France. Et pourtant, la survie de beaucoup de ces évènements repose encore sur les subventions publiques. Pourquoi tant de fragilité ?

Le modèle économique des festivals français doit sans doute évoluer. Les festivals sont à la merci de tout un tas de changement : crise économique qui réduit le budget subvention des collectivités locales (région, département, ville), flambée du cachet des artistes, hausse des charges, baisse du pouvoir d'achat, etc.

Alors comment peuvent-ils s'en sortir ? Plusieurs festivals français, mais aussi slovaque, serbe, suisse et québécois ont confronté leurs modèles lors d'une conférence-débat du MaMA 2014 (pour Marché des Musiques actuelles) un rendez-vous professionnel et musical, qui s'est déroulé cette semaine à Paris.

En France, l'immense majorité des festivals sont organisés par des associations. La plupart sont subventionnées et donc financées par de l'argent public, à hauteur de 30% en moyenne.

L'exemple du festival "Les Suds" à Arles

Les Suds, c'est un festival de Musiques du monde, qui se déroule sur une semaine, chaque mois de juillet à Arles. Les subventions publiques, c'est 40% de son budget. "C'est vrai que c'est un gros apport de subventions, reconnaît sa directrice, Marie-José Justamond, mais qui me paraît non seulement légitime, et indispensable pour une grande liberté".

Liberté qui permet une certaine prise de risque dans la programmation et la gratuité pour certains événements. "Même si la liberté de programmation n'est pas totale", nuance-t-elle. Les subventions publiques, ce sont aussi "des contraintes, des contrats d'objectifs" en terme de mise en valeur du territoire et de ses artistes et de prise en compte de la population.

0% de subventions pour les Vieilles Charrues ou le Main Square Festival

La dépendance que les subventions créent avec les collectivités publiques, certains festivals ont décidé de s'en émanciper. Seule une infirme minorité de festivals peuvent se le permettre. C'est le cas des Vieilles Charrues et du Main Square Festival.

Le festival nordiste appartient à Live Nation, un géant de l'industrie musicale, qui est là pour faire de l'argent, ce qui n'est pas le cas des associations qui gèrent la plupart des festivals français. Esprit différent, modèle économique différent : le Main Square est financé à 70% grâce à sa billetterie, les 30% restants provenant des recettes du site et des partenariats privés.

Pas de subventions, cela signifie pas de comptes à rendre aux subventionneurs publics. Mais force est de constater une prise de risque bien moins grande que dans les petits festivals de niche comme "Les Suds". Cette année la programmation du Main Square Festival comptait, entre autres, Stromae, Gesaffelstein et Girls in Hawaii. Ils étaient aussi aux Vieilles Charrues, au Printemps de Bourges, etc etc.

S'inspirer du modèle québécois ?

Sans doute faut-il trouver un entre-deux: pouvoir faire face à la généralisation de la baisse des subventions publiques en développant d'autres sources de revenus, notamment les partenariats privés. Ce qui se fait déjà, bien sûr, mais parfois avec retenue.

A la différence du modèle du Festival d'Eté du Québec, que Le Mouv vous a fait vivre l'été dernier. Ce festival est une grosse machine qui peut se permettre de programmer Lady Gaga, Snoop Dogg et Moriarty parmi 300 autres shows, la même année.

 

Dans son énorme budget de 17 millions d'euros environ, 15% proviennent de subventions publiques et 20% des sponsors, dans une Amérique du Nord qui valorise beaucoup plus l'initiative privée en matière culturelle. Cette répartition limite la dépendance par rapport aux partenaires publics, mais impose aussi de maîtriser les exigences de sponsors privés.

Mais au final, d'après Danie Gélinas, directeur de ce festival d'Eté, le festivalier est le grand gagnant. Car le financement du privé permet notamment de faire baisser le prix des entrées: 80 dollars canadiens (soit environ 55 euros) pour 11 jours. A titre de comparaison, le Main Square Festival, c'est 115 euros pour trois jours. 

Une certitude, les festivals français devront faire évoluer leur modèle pour se renforcer, et aller au-delà des subventions ou partenariats classiques. Certains tentent déjà la mutualisation du matériel ou le regroupement en fédération de festivals.

 


Reportage : Marie Rouarch

Crédit photo de couverture : Renaud Philippe/FEQ

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