Shtar Academy

Le 16-18 Mardi 21 janvier 2014

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Mouloud Mansouri, cheville ouvrière et pierre de voûte de la Shtar Academy, projet de rap enregistré en prison avec des détenus, vient raconter l'aventure dans Le 16-18 !

 

 

Le clip des "Portes du Pénitencier", ça simposait !

 

Même si tu tapes 1, ils ne sortiront pas...

Attention, ne confondez pas. Même si vous tapez 1 ou 2 sur vos téléphones et que vous multipliez les SMS, aucun des participants de la Shtar Ac ne sortira tout de suite... Et pour cause, Badri, Malik et Mirak sont tous les trois derrière les barreaux pour encore un bon bout de temps. Alors, ils ont trouvé un moyen de s'évader, avec le rap. On voit ce que vous dites : « un album de rap, fait par des détenus, enregistré directement en prison ? N'en jetez plus, ça sent le rap ghetto, le rap de rue, le rap noir, sale et poisseux ». Vous pouvez chasser immédiatement toutes ces idées reçues. L'album de la Shtar Ac, c'est beaucoup plus que cela, à tel point que ça en est presque l'antithèse. Contrairement à toutes les apparences, ce disque est d'une richesse et d'une diversité incroyable tant au niveau des sonorités que des textes ou des flows. Bien sûr, les trois rappeurs de la Shtar Ac étant des détenus, la prison est forcément la pierre angulaire d'un tel projet. Mais, elle est déclinée en tellement de thèmes et d'ambiance qu'on en oublierait presque que le disque a été conçu derrière des barreaux.

Diversité et éclectisme

Évidemment, malgré la diversité, on ne peut pas échapper à du rap de rue pur et dur, du bien dark comme c'était la mode un moment dans le rap français comme avec le titre « Wesh les taulards » qui risque de rapidement devenir un hymne dans toutes les prisons de France. Mais, il y a aussi beaucoup de morceaux légers, notamment quand Badri, Malik et Mirak ferment les yeux le temps d'un instant et rêvent de « dehors » et de la vie, la vraie. Un instant d'évasion volé au système. Parfois, ils expriment des moments d'angoisse, de tristesse, notamment quand ils racontent la vie de leurs proches qui viennent régulièrement les visiter au parloir. C'est tout l'objet du morceau « Le trajet » où l'émotion suinte à chaque rime et, où, fatalement, l'auditeur ne pourra être que touché. Il est encore question de cœur quand les membres de Shtar Ac envisagent leur sortie dans un titre rempli de tendresse et d'émotions, « Quand je sortirais » où ils oscillent entre rêves et espoirs. Et ils font preuve d'imagination le temps d'un morceau partagé avec Tunisiano. Le membre de Sniper est enfermé tandis que ceux de la Shtar Ac sont dehors. L'inversion des rôles est saisissante. Certains textes traitent aussi de la dure réalité et des rapports entre détenus et matons. Chacun évolue au même endroit, mais le vit d'une façon totalement différente et ce sont bien deux visions d'un même monde qui s'affrontent.

Le rap français solidaire et impliqué

La force du projet Shtar Ac réside aussi dans son aspect solidaire. En effet, l'album a entièrement été enregistré à la prison de Lyunes, la maison d'arrêt où sont détenus Badri, Malik et Mirak. Mais, là où le disque prend une dimension exceptionnelle, c'est dans l’énergie déployée par un homme, Mouloud Mansouri, ancien détenu lui-même, président de l'association Fu-Jo qui œuvre pour organiser des événements culturels en prison depuis des années. Bien introduit dans le milieu hip-hop, il a tout fait pour que les amateurs de la Shtar Ac soient entourés de la crème du rap français. Résultat, on retrouve aussi sur ce disque, outre Tunisiano dont on a déjà parlé, Ladea, Médine, La Fouine, Lino, les Psy4 de la Rime, Niro, Némir, Ekoué de la Rumeur, Kery James, Ali, Joke, LECK, Keny Arkana, Orelsan... Et les producteurs font aussi partie du gratin puisque les beats de la Shtar Ac sont signés Tony Danza, Cannibal Smith, Blastar, Medeline ou Animalsons. Mais, plus qu'un name-dropping, l'album de la Shtar Ac prouve l'implication des rappeurs qui se sont tous rendus en prison pour travailler avec Badri, Malik et Mirak. C'est ensemble qu'ils ont crée les titres, ensemble qu'ils ont écrit, ensemble qu'ils ont posé. Ce n'est pas un coup marketing, ni pour les instigateurs du projet, ni pour les artistes qui ont répondu présent, mais bel et bien un acte social et solidaire important. La Shtar Ac n'est pas qu'un disque, c'est un projet à long terme qu'il a été compliqué à mettre en œuvre. Le résultat dépasse toutes les espérances puisque non seulement l'album est terminé et l'aventure a été menée à bien, mais en plus le disque est très bon et n'aura certainement pas à rougir sur le marché du disque de rap français.

Et rappelez-vous, le disque sortira avant eux...

 

Le site de la Shtar Academy

 

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