Sept belles de Mai

Les trouvailles de Pascal Bertin Lundi 19 mai 2014

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Sept belles de mai
Elles sont sept artistes, sept filles en solo ou en groupe, sept fortes têtes souvent cachées derrière un pseudonyme ou un projet, mais qui n'ont pourtant pas peur d'inventer, de se dévoiler, de donner libre court à leur incroyable personnalité.

Elles sont sept mais elles auraient tout autant pu être dix, vingt, trente. Et on ne parle même pas de Lily Allen qu'on a fini par perdre en cours de route. Après St Vincent, Neneh Cherry, Angel Olsen, Katy B, Marissa Nadler, Joan As Policewoman, Liz Green ou Kelis, 2014 offre un cru particulièrement réjouissant en matière de créations au féminin. En quantité, mais surtout en qualité, en diversité et en audace, avec des musiques aux personnalités affirmées, aux avis aussi étonnants que tranchés. Serait-ce de devoir encore et toujours lutter pour se faire entendre dans un monde toujours masculin qui oblige à se forger une identité plus forte que la moyenne ? Petite sélection non exhaustive de 7 coups de cœur du mois de mai.

 

Ramona Lisa, c'est le projet de Caroline Polachek, qui est le reste du temps chanteuse du groupe Chairlift. Son album "Arcadia", elle l'a réalisé toute seule, avec un simple ordinateur portable et quelques synthés et boites à rythmes reliés en MIDI. Résultat, un disque frais, parfois un peu expérimental, et en tout cas plus pimpant que les atmosphères plus brumeuses de son groupe. 

 

Hollie Cook s'affirme clairement comme celle qui a le plus de soleil et de fraîcheur à revendre. Peut-être parce qu'elle habite Londres tout en rêvant de Kingston, mais surtout pace qu'elle a grandi au beau milieu de la grande famille du post-punk londonien. Fille de Paul Cook, autrefois batteur des Sex Pistols, elle a ainsi joué dans le mythique groupe féminin The Slits jusqu'à la disparition de sa chanteuse Ari Up en 2010, a qui elle a dédié le premier morceau de son nouvel album, "Twice", un disque gorgé de reggae dub et de bonnes claques au stress. Ari Up et ses Slits, le modèle idéal pour Hollie Cook afin de s'imposer parmi les Typical Girls de 2014.

 

 

 

Frankie Cosmos est aussi une "fille de". Pas celle de Jean-Pierre Cosmos, car elle s'appelle Greta Kline, mais de l'acteur Kevin Kline. Elle n'a que 19 ans mais s'est déjà constitué un répertoire digne d'une ancienne avec l'équivalent d'une quarantaine (!) d'albums publiés sur son site Bandcamp. Initiée au rock lo-fi et à la scène anti-folk pas son grand frère, elle se contente du minimum : une guitare, un micro, et des chansons qui n'excèdent jamais les 2 minutes. Ca suffit à son bonheur. Et au notre.

 

tUnE-yArDs se cache derrière un pseudonyme étrange mais cette jeune fille originaire du Connecticut ne présente aucun antécédent familial connu dans la culture. De son vrai nom Merrill Garbus, elle a commencé à réaliser ses premiers enregistrements alors qu'elle faisait du baby sitting pour une carrière qui a su tirer profit de cette solitude. Avec son troisième album initulé "Nikki Nack", cette artiste inclassable réalise une pop faite maison aboutie et influencée par la musique africaine et la soul. (D)étonnant.

 

Fatima Al Qadiri est née au Sénégal, a grandi au Koweit en pleine guerre du Golfe, et  vit maintenant à Brooklyn. Elle revendique dans le genre sino grime, soit le grime à l'anglaise mélangé à des influences asiatiques. Après un premier maxi influencé par les jeux vidéos apparus durant le conflit entre le Koweit et l'Irak, son deuxième album "Asiatich" paru sur l'excellent label londonien dubstep Hyperdub (Burial) s'est posé sur nos platines tel l'ovni le plus captivant de ces derniers mois.

 

Lykke Li (en photo) n'a pas grand chose à lui envier en matière de voyages. Cette grande voyageuse a suivi ses parents un peu bohèmes, et a vécu durant son enfance en Nouvelle Zélande, en Inde, au Maroc et surtout au Portugal. A 28 ans et après s'être fixée à Los Angeles, elle sort son troisième album écrit après une douloureuse rupture amoureuse, à la fin de sa dernière tournée où elle se retrouvait toute seule. Initulé "I Never Learn", le disque révèle la Suédoise telle une artiste complète, fragile et sensible, loin de l'image dance de son tube "I Follow Rivers".

 

La Sera, c'est le projet parallèle, avec son petit ami guitariste, de Katy Goodmann, bassiste du groupe new-yorkais Vivian Girls. Pus pop et plus rêveur à ses débuts, La Sera prend avec son troisième album un coup de speed qu'elle explique par le silence de ses Vivian Girls et de leur énergie qui lui manque. Tant mieux car cette absence profite au final à "Hour of the Dawn" qui s'impose de la plus belle des façons dans le registre de la power pop simple et efficace à l'américaine. Tous ceux qui regrettent le Blondie des débuts ou qui s'impatientent entre deux disques de Best Coast vont en avoir pour leur argent : déjà l'album de l'été, option sea, surf and sun.

 

 

Albums : 

Ramona Lisa - "Arcadia" (Terrible Records)

Hollie Cook - "Twice" (Mr Bongo Records)

Frankie Cosmos - "Affirms Glinting" (Bandcamp)

tUnE-yArDs - "Nikki Nack" (4AD/Wagram)

Fatima Al Qadiri - "Asiatich" (Hyperdub)

Lykke Li - "I Never Learn" (LL/Warner)

La Sera - "Hour of the Dawn" (Hardly Art / PIAS)

 

 

 

 

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