San Francisco : la guerre contre la Tech'

le Reportage de la Rédaction Mercredi 12 février 2014

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San Francisco : la guerre de la Tech'
San Francisco est une ville tourmentée depuis plusieurs mois. Un mouvement d’indignés, les "anti-techies", multiplie les actions contre les ingénieurs fortunés de la Silicon Valley, accusés de tuer l’âme de l'ancienne capitale de la contre-culture.

 

Les images ont fait le tour du monde : des Google Bus de San Francisco bloqués par des citoyens en colère, dénonçant l'embourgeoisement de "Fog City". Selon les chiffres des assos de locataires, les expulsions ont augmenté de 175 % ces derniers mois. Les loyers ont triplé. Le coût d'un studio grimpe aujourd'hui à 2.300$. L'ancienne capitale de la contre-culture est devenue la ville la plus chère du pays.

 

"Notre ville, notre maison", slogan scandé lors d'une convention de locataires dans le quartier de Tenderloin, à San Francisco © Olivier Mirguet / Agence Vu

 

Cette évolution a fait naître une vague de contestation : le mouvement des "anti-techies". Ils sont les habitants historiques de San Francisco, issus des vagues d’immigration latino, ou chinoise, ou tout simplement ces citoyens appartenant à la classe moyenne, ainsi que des marginaux, des artistes. Tous ceux qui ont fait la réputation de San Francisco, cette ville libertaire, bohème mais pas bourgeoise, des années 1970. Mais aujourd’hui, la tendance s’est inversée.

 

A gauche un bus normal, à droite un Google bus © Benjamin Illy

 

La faute à ces fameux "techies" qui sont de plus en plus nombreux à élire domicile à San Francisco, fuyant la vie un peu triste de la Silicon Valley. Mais dans leur recherche d'urbanité, ils condamnent cette belle cité à la gentrification. Car seuls les techies, avec leurs salaires dépassant les 100.000 dollars, peuvent se payer des loyers devenus exorbitants.

 

Enquête au coeur du mouvement anti-techies, signée Benjamin Illy :

Erin Mac Elroy, figure du mouvement anti-techies, elle est de toutes les manifs © Olivier Mirguet / Agence Vu

 


Chantier de rénovation sur Mission Street © Olivier Mirguet / Agence Vu
La gentrification saute aux yeux dans le quartier hispanique de Mission, sans doute l'un des plus touchés par la flambée du coût de la vie. Mission a conservé ses murs colorés mais les bars à vin, les bars lounge, les boutiques branchées, remplacent petit à petit les restaurant à tacos et les vieux bazars.


Des anciens cinémas, il ne reste plus grand chose, si ce n'est quelques façades. Les immeubles sont rénovés pour en faire des lofts modernes et impersonnels, destinés à accueillir les techies. Conséquence : les couches populaires sont obligées de fuir.

 

Cet exode s'accompagne de drames sociaux. On en croise à tous les coins de rues. Et en signe de résistance, les murs se recouvrent d'affichettes qui fustigent Google et les grandes compagnies de la Silicon Valley.

 

Les murs de Mission, le quartier hispanique haut en couleur qui plait tant aux techies © Olivier Mirguet / Agence Vu
 

Pour Ariane Zambiras, française installée dans la Bay Area et sociologue à Berkeley, "les problèmes ont commencé quand Twitter a installé son siège au coeur de la ville, dans le quartier du SOMA (South of Market)". Il y eut ensuite les déclarations teintées d'arrogance d'un ingénieur de l'entreprise. Il expliquait en avoir marre de voir des mendiants dans les rues de San Francisco. De quoi cristalliser les tensions.

 

Face au siège de Twitter, les SDF sont toujours là, les transexuels aussi © Olivier Mirguet / Agence Vu

Certains SDF dorment en façe de Twitter, sous des baches, sur le trottoir. Cameron, sans-abri de 43 ans, s'indigne :

Ils se font tellement d'argent qu’ils dépensent dans des choses insipides ! Je n’avais jamais vu un tel manque de respect pour la vie humaine. Ils pourraient nous aider, il y a plein d'argent ici. Mais non, ils disent que les mendiants, ça craint ! C'est dégueulasse ! 


 

Ariane Zambiras, sociologue à Berkeley © Benjamin Illy

Ariane Zambiras observe de près ces techies et elle note souvent leur absence de conscience politique. Un peu résignée, elle confie : "oui, on aimerait bien les voir réfléchir un peu plus au monde qu'il y a autour d'eux".

 

Pour tenter de les ramener à la réalité, les anti-techies iront prochainement manifester jusqu'au siège de Twitter. La lutte ne fait que commencer face aux géants du net.

 

 

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Photo de couverture © Olivier Mirguet / Agence Vu - Reportage : Benjamin Illy, Le Mouv'

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San Francisco côté revers

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