Salles de shoot : riverains soulagés, assos dépitées

le Reportage de la Rédaction Vendredi 11 octobre 2013

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Salles de shoot : riverains soulagés, assos dépitées
En rendant un avis défavorable, le Conseil d’État repousse aux calendes grecques les projets français d'ouvertures de salles de shoot. Le projet parisien était pourtant bien avancé. Pour les associations impliquées, la descente est rude.


Claire Chaudière est partie à la rencontre des associations, des futurs usagers et des riverains de l'hypothétique salle de shoot parisienne. Cliquez ci dessus pour écouter son reportage.

70 mètres carrés de locaux, aux abords de la Gare du Nord, dans le X ème arrondissement de Paris. Cette salle de consommation de drogues devait ouvrir ses portes dans le courant du mois de novembre. Le Conseil d'Etat y a mis un coup d'arrêt.

Vue du site ou doit s'implanter la salle de consommation de drogue, 39 bvd de la Chapelle à Paris
 


Si l'avis négatif rendu par les sages n'est que consultatif, il porte sur une question de droit difficilement contournable. Ce concept de salles de shoot contrevient à la loi de 1970, qui instaure la prohibition totale de la consommation de stupéfiants. Le Conseil recommande au gouvernement d'inscrire le dispositif dans la loi.

Conséquence : la salle de consommation parisienne n'ouvrira pas avant les municipales. Pour Médecins du Monde et l'association Gaïa, engagés de longue date dans le projet, c'est un peu la douche froide. Les travaux allaient démarrer, l'équipe médicale d'une quinzaine de personnes était quasiment recrutée.

Salle de consommation à Genève © Reuters

Du côté des consommateurs, les attentes sont très fortes. José Matos est chaque semaine sur le terrain, en contact avec les futurs usagers du dispositif.

 

Pas un jour sans que l'on nous demande où en est le projet, quand la salle va ouvrir [...] Je vais dans les parkings et je vois comment l'injection est pratiquée. Le matériel est parfois partagé, réutilisé, eux même le reconnaissent.


 
Et les usagers de drogue confirment, même si certains se méfient d'un dispositif trop exposé médiatiquement et pour lequel ils craigent de devoir montrer patte blanche, alors que leur addiction les condamne à vivre dans l'illégalité.
 
Banderole déployée par les riverains du site choisi à Paris © François Bouchon

Le collectif des riverains opposés à l'ouverture de la première salle de consommation de drogue obtient donc un sursis inespéré. Mais les riverains se gardent de tout triomphalisme, estimant que leur message a été caricaturé.
 
"Il n'y a pas d'extrémisme dans notre démarche, explique Daniel Jozwiki, mais une volonté de réfléchir, de prendre le temps du débat national. On veut que ce problème soit traîté sérieusement et pas de manière caricaturale. C'est bien de toxicomanie qu'il s'agit."
 

Manifestation de riverains à l'annonce du projet © Le Parisien

L'annonce de ce report à quelques mois des municipales laisse les militants associatifs un peu songeurs, mais ils refusent d'y voir une reculade politique. Il faut rappeler que le Conseil d’État ne s'est pas prononcé contre les salles de shoot, mais pour un meilleur encadrement législatif. La ministre des Affaires sociales Marisol Touraine annonce qu'un projet de loi sera "bientôt" mis sur pied.

Reportage pour le Mouv' signé Claire Chaudière.

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