"Retour au Kosovo", une BD pour ne pas oublier

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Lundi 20 octobre 2014

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"Retour au Kosovo", une BD pour ne pas oublier
En 1998, une guerre brève mais meurtrière conduit la province serbe à majorité albanaise sur la voie de l'indépendance. Gani Jakupi, écrivain et journaliste installé en Espagne revient dans son pays natal à la fin de la guerre. Son retour au Kosovo est aujourd'hui un album de BD. Essentiel.

Quand la guerre éclate en mars 1998, Gani Jakupi la vit depuis Barcelone où il est installé. Des heures terribles, à dévorer la presse, à trembler pour ses parents restés dans ce pays ou les paramilitaires massacrent des innocents et brûlent les villages.


 

Invité sur les plateaux télé espagnols pour parler de son "drame personnel", il retourne enfin au Kosovo à la fin de la guerre, accrédité par un magazine :

 

Il découvre une capitale (Pristina) vidée de ses habitants, investie par les militaires de la KFOR déployés sous mandat de l'ONU pour sécuriser le pays et éviter les exactions. Mais des exactions il y en a, commises par des albanais contre certains serbes qui n'ont pas fui après la guerre. Où quand les victimes deviennent bourreaux :


Gani assiste à des scènes surréalistes, comme ce marché noir de l'essence, où le carburant se vend en bouteilles d'un litre. On manque de tout, mais la vie reprend peu à peu. Dans les bourgades martyres, les survivants prennent le thé à l'ombre de maisons calcinées avec leurs occupants :

 

Dans ce pays ravagé, traumatisé par les massacres, Gani retrouve ses souvenirs d'enfance, questionne le passé et interroge l'avenir. Comment tout cela est-il arrivé ? Comment croire que les tensions ethniques toujours vives n'embraseront pas à nouveau les Balkans ? C'est toute la force de Retour au Kosovo, magnifiquement illustré par l'argentin Jorge González, virtuose de l'aquarelle.

González superpose les strates graphiques. Son trait et ses applats de pastels font jaillir l'émotion à chaque page, donnant corps au contraste permanent entre l'horreur de la guerre et l'espoir d'un pays qui se reconstruit.

 

En 2008, le Kosovo s'est autoproclamé indépendant, une république reconnue par une partie de la communauté internationale dont la France. Quinze ans après le conflit, il est l'un des pays les plus jeunes d'Europe. 65 % de sa population à moins de 30 ans. Une jeunesse qui veut aller de l'avant, malgré un taux de chômage à 48 % :


En tout cas, ces jeunes ne veulent plus penser à la guerre et c'est tant mieux. Car les Balkans restent une poudrière que le moindre incident peut encore faire exploser.

> Retour au Kosovo, de Jakupi et Jorge González, Editions Dupuis (Arie Libre). 112 pages. 20,50 euros.

> Toute l'actu de la bande dessinée sur le Mouv', c'est par ici.

Reportage de Sébastien Sabiron.


 

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