Rendez la politique aux jeunes !

le Reportage de la Rédaction Vendredi 14 novembre 2014

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Rendez la politique aux jeunes
Avec leur dernière BD "Merci", Arno Monin et Zidrou interrogent la place réservée à la jeunesse dans les politiques locales. L'occasion de voir ce que propose une commune plutôt bonne élève dans ce domaine : Antony, dans les Hauts-de-Seine.

 

"J'irai pas voter... Pour ce que ça change de toute façon !" Quand elle est cueillie par la police pour avoir tagué des insultes sur le mur de son prof de maths, Merci (c'est son prénom) n'est pas vraiment convaincue par l'utilité de la politique. Elle ne manque pas d'idées ni d'envies, mais bon, petite-fille de communiste désabusé, elle n'a pas vraiment été élevé dans le respect du système. Le juge des enfants lui propose un marché : passer l'été au conseil municipal, à gérer une cagnotte pour les jeunes de la ville.

 

Extrait de "Merci" de Zidrou et Arno Monin © Bamboo Grand Angle, 2014

 

Le beau dessin dynamique d'Arno Monin, son découpage presque cinématographique, nous plonge sans détour ni temps mort dans cet affrontement générationnel. "Allez dans un parc, vous trouverez toujours des espaces pour les enfants mais rien pour les ados", raconte Zidrou, le scénariste de cette bande dessinée (publiée chez Bamboo Grand Angle) :

Dans les maisons de quartiers, vous ne croiserez jamais un seul élu local hors période électorale. Pareil sur les terrains de foot ou les clubs de jeux de rôles. Rien de ce qui fait le lien social n'est soutenu.


 

La commune d'Antony, dans les Hauts-de-Seine, essaie de lui donner tort. Alors qu'a été inauguré cette semaine un grand espace destiné à la jeunesse (l'Espace Vasarely, avec salle de spectacle, studios de répétition et ateliers associatifs), un Conseil des Jeunes Citoyens existe depuis dix ans pour donner la parole aux lycéens antoniens.

 

Première séance du nouveau Conseil des jeunes citoyens d'Antony © Augustin Arrivé

 

"La première année de mon mandat", se souvient Freddy, qui vient d'être réélu dans cette assemblée, "on avait développé les jumelages : on avait accueilli cinq conseillers jeunes d'une ville anglaise et vice versa. Et l'année suivante, le projet phare était une soirée de débats contre l'homophobie." Ils sont trente-six comme lui, à se réunir chaque semaine (en fonction des disponibilités de chacun). Dénoéla, élève en 1ère dans la ville, vient de rejoindre le conseil.

On s'implique parce qu'on nous propose quelque chose. C'est intéressant de compter au même titre que les élus adultes de la mairie. Notre vote a le même poids dans certaines assemblées, alors autant montrer ce qu'on peut faire avec.


 

En face, le conseiller municipal en charge de la jeunesse, David Passeron, assure qu'il sera à l'écoute : "Je pense qu'on sera assez complémentaires, il faut permettre aux jeunes de s'informer, développer des ateliers d'expression, du slam, des battles de danse ou de musique, pourquoi pas créer un webzine et bâtir des passerelles entre les générations."

 

David Passeron, conseiller municipal en charge de la jeunesse à Antony © Augustin Arrivé


Il reconnait que le problème principal ne sera pas de trouver des idées : les "Jeunes citoyens" n'en manquent pas. "En revanche il va falloir sélectionner les projets, parce qu'on a forcément des limites budgétaires." En temps de crise, on ne peut pas promettre de folies.

Voilà dix ans que le Conseil existe. Dix ans qu'un dialogue s'est institué entre la municipalité et cette assemblée lycéenne. C'est un premier contact efficace, mais avec ses écueils : rien n'oblige le maire à suivre les recommandations de ses jeunes concitoyens, et surtout ce panel d'adolescents ne peut pas représenter la diversité de la ville.

Eloignons-nous du centre-ville. Dans le quartier populaire des Baconnets, Moammar, 18 ans, n'est pas très enthousiaste : "Ce n'est pas un jeune qui va dicter les lois. Ce sont toujours les vieux qui commandent." Lui, par exemple, aimerait pouvoir "enlever toutes les caméras de la cité", pour ne plus se sentir épier "comme un gangster". La vidéo-surveillance, c'est vrai, n'a pas encore été évoquée par le Conseil.

 

Extrait de "Merci" de Zidrou et Arno Monin © Bamboo Grand Angle, 2014

 

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Image de couverture : Merci, de Zidrou et Arno Monin © Bamboo Grand Angle, 2014

Reportage : Augustin Arrivé


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