Réfugiés : "l'Islande peut mieux faire"

Mouv'In Europe (2014-2015) Mardi 15 septembre 2015

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Réfugiés : "l'Islande peut mieux faire"
Parmi les initiatives solidaires qui fleurissent en Europe, l'Islande dit "oui" à l'accueil de réfugiés, grâce à un groupe Facebook lancé par une jeune islandaise. Face à la mobilisation citoyenne, le gouvernement islandais va revoir à la hausse le nombre de réfugiés qui seront accueillis.

"We can do better" ("nous pouvons mieux faire"). C'est le leitmotiv qui anime Bryndís Björgvinsdóttir, jeune islandaise de 33 ans, écrivain et prof à l'Académie d'Art de Reykjavik. Début septembre, le gouvernement islandais dévoile le nombre de réfugiés qui seront accueillis d'ici fin 2016 : ce sera 50 personnes, pas une de plus.

Sur Facebook, un ami de Bryndis interpelle le gouvernement, proposant d'accueillir un réfugié chez lui, soit "5% de plus que ce que prévoit le gouvernement". De son côté, Bryndís lance un groupe Facebook : "La Syrie lance un appel".

50 personnes accueillies, c'est embarassant. Ce n'est même pas suffisant pour une bonne fête de mariage [...] Donc le but était a la fois de faire pression sur le gouvernement pour augmenter ce nombre et de l'inciter à agir plus rapidement face à l'urgence de la situation.



Bryndís Björgvinsdóttir © Sébastien Sabiron


En moins de 24 heures, 10.000 personnes s'inscrivent sur le groupe Facebook, proposant un toit, des vêtements, des jouets, des cours d'Islandais... Au total ils sont 17.000, soit près d'un islandais sur vingt à réclamer du gouvernement qu'il ouvre les frontières aux réfugiés.

Une vague de solidarité inédite, dans cette île de 320.000 habitants perdue dans l'Atlantique Nord. 

Croix Rouge submergée

La mobilisation virtuelle se traduit aussi dans le monde réel. En proche banlieue de Reykjavik, Lovisa et Gustaf nous accueillent dans leur pavillon modeste. Ce couple de 36 et 38 ans s'est inscrit sur le site web mis en place par la Croix Rouge islandaise.

Ils proposent de loger (et de nourrir) un ou plusieurs réfugiés pendant six mois dans une chambre qui leur sert de débarras. Un acte, qui selon Lovisa, ne doit pas se substituer aux obligations du gouvernement islandais :

Je continue de penser que c'est au gouvernement de loger les réfugiés. Mais on ne peut pas rester les bras croisés face à ce drame. Si offrir mon toit à quelqu'un d'autre peut faire la différence, alors il sera le bienvenu.



Lovisa et Gustav dans leur "extra bedroom" © Sébastien Sabiron


Parallèlement, la Croix Rouge est littéralement submergée de promesses de dons. En quelques jours, elle enregistre 1.100 bénévoles de plus et voit sont effectif augmenter de 40%. Björn Teitsson en est le porte-parole, il a été frappé par cet élan de solidarité "historique" en Islande.

Depuis 1956, l'Islande n'a accueilli que 549 réfugiés. 50 de plus sur deux ans, alors que ces gens endurent des souffrances immenses, c'est embarassant. Ce n'est pas à la Croix Rouge de dire combien le pays peut accepter de réfugiés. Mais nous disont au gouvernement qu'au sein de notre dispositif, nous pouvons en accueillir bien plus que 50.



Björn Teitsson © Sébastien Sabiron


Gouvernement un peu géné 

Sur les réseaux sociaux, cette immense mobilisation ne va pas sans quelques commentaires xénophobes, qui mettent en garde contre "le risque d'islamisation de l'Islande". Mais ils sont bien moins nombreux que les témoignages de soutien, assure Bryndís Björgvinsdóttir, qui a quand même du s'entourer d'une équipe de "ninjas" pour chasser les trolls de sa page Facebook. 

Heilgi Gunnarsson est député à l'Althing, le parlement islandais. Il est membre du Parti Pirate, qui milite pour les libertés individuelles. Pour lui, au delà du drame vécu par les migrants, l'Islande à profondément besoin d’accueillir du monde.

Les craintes face aux flux migratoires sont idéologiques. Beaucoup de gens ne comprennent pas que c'est "gagnant-gagnant". Notre population diminuerait si nous n'avions pas d'immigration. Nous avons besoin de ces gens. Nous avons plus d'islandais qui partent à l'étranger que de gens qui rentrent à la maison.



Helgi Hrafn Gunnarsson © Sébastien Sabiron


La pression médiatique suscitée par cette mobilisation citoyenne a contraint le gouvernement islandais à réagir. Dans une interview télévisée (par ici, pour ceux qui comprennent l'islandais), la ministre des Affaires Sociales Eygló Harðardóttir tente de rassurer les islandais inquiets face à un éventuel afflux de migrants :

Nous sommes l'une des nations les plus riches du monde. Nous pouvons accueillir beaucoup plus de réfugiés que par le passé.



Un comité interministériel doit évaluer les capacités d'accueil de l'Islande. Quatre villes se sont portées candidates à l'accueil de réfugiés. Si le chiffre de 5.000 personnes est avancé par les partisans d'une ouverture très large, l'opposition de centre gauche propose d'accueillir 500 migrants.

De son côté la Croix Rouge parle de 2.500 à 3.000 personnes. Rapporté à la (petite) population islandaise, ce serait autant, proportionnellement, que la Suède, la championne d'Europe de l'accueil des réfugiés. 

 


 

Reportage, photos : Sébastien Sabiron.

Retrouvez ici notre "road-tweet" en Islande.

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