Réforme du permis de conduire: les inspecteurs se fâchent

le Reportage de la Rédaction Mercredi 25 juin 2014

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Réforme du permis de conduire: les inspecteurs se fâchent
C'est le premier examen de France. Chaque année, 3,5 millions de candidats passent le permis de conduire, toutes catégories confondues. Pour raccourcir les délais interminables d'accès à l'examen et diminuer son coût, le gouvernement prévoit une réforme, qui séduit peu les inspecteurs du permis de conduire. Ce mercredi 25 juin, leurs syndicats appellent à la grève.

Ce n'est pas la première fois qu'un gouvernement tente de réformer l'examen du permis de conduire. Délais d'attente interminables, coût de plus en plus élevé... Obtenir son petit papier rose tient parfois du parcours du combattant.

 

En France, il faut en général 98 jours pour valider son permis de conduire. Mais la réalité dépasse bien souvent ces chiffres. Surtout dans les grandes villes, où les dossiers s'accumulent dans des auto-écoles débordées. Candidats inscrits depuis cinq ou six ans, élèves aux abonnés absents... A l'auto-école de Claude Ben Yedder, dans le 16ème arrondissement de Paris, certains ont démarré un apprentissage en 2008, mais n'ont toujours pas validé le permis. Et ce ne sont pas des cas isolés, assure la patronne.

 

L'exemple-type de ces retardataires du permis, c'est Kate, presque 50 ans. Elle est américaine, vit en France depuis plus de trente ans, et court toujours après son certificat. La première fois qu'elle s'est inscrite en auto-école, c'était avant la naissance de sa fille, qui s'apprête à fêter ses 18 ans. Depuis, ça traîne pour Kate. D'autres priorités, une réinscription au bout de plusieurs années, le code validé, puis l'examen pratique raté. A l'auto-école de Claude Ben Yedder, Kate s'apprête à repasser le permis cet été. Enfin.

 

 

40% des candidats ratent le permis de conduire lors du premier passage.

 

Sauf que les inspecteurs du permis pourraient l'empêcher de nouveau, par leur mobilisation cet été, d'obtenir son visa pour les routes de France. Déçus par les mesures présentées en juin par le ministre Bernard Cazeneuve, les inspecteurs menacent de faire du bruit. En appelant à la grève en ce mercredi 25 juin, leurs syndicats, SNICA-FO en tête, ont d'ailleurs déjà commencé.

Ce qu'ils reprochent à la réforme ? La perspective d'une privatisation de l'examen du code de la route, et donc l'abandon de plusieurs de leurs missions. Pour accroître le nombre d'examens pratiques au quotidien, le gouvernement prévoit en effet de débarrasser les inspecteurs de leur mission de surveillance de l'examen théorique. Dès cet été, ce sont donc des retraités de la police et de la gendarmerie qui en seront chargés. A terme, l'examen du code de la route sera même privatisé. Pas de quoi réduire le coût du permis, selon Christophe Nauwelears, secrétaire général de l'UNSA-SANEER, un autre syndicat.

 

Les professionnels du permis auraient préféré que l'exécutif procède à une embauche de quelque 150 nouveaux inspecteurs, pour désengorger le système. Des inspecteurs qui réclament également une réglementation des tarifs des formations en auto-écoles.

Aujourd'hui, bien souvent, le forfait de base proposé se situe entre 1.400 et 1.700 euros. Mais les heures supplémentaires ne sont pas oubliées sur la facture finale, et le permis de conduire finit parfois par coûter très cher. Surtout pour les "récidivistes", qui ne sont d'ailleurs pas vraiment les bienvenus, dans de nombreuses auto-écoles. Jean-Marc est moniteur depuis 25 ans. Il sait qu'une auto-école qui ne présente que des débutants aura plus de chances de se voir attribuer davantage de places à l'examen. Les recalés du permis sont donc souvent placés très loin sur la liste d'attente.

 

Reportage d'Agathe Mahuet.



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