Recherche doudou désespérément

La Pop au carré Vendredi 29 août 2014

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Recherche doudou désespérément
Pastel, poilus ou tout crasseux, depuis quelques semaines ils envahissent vos murs et vos timelines. Les parents font de plus en plus appel aux réseaux sociaux pour mettre la main sur les doudous perdus pendant l'été. Certains en ont même fait un business.

 

Si vous avez passé l'été avec la 4G en intraveineuse, il y a fort à parier pour que l'une de vos connaissances ait partagé un jour le message suivant sur Facebook :


Regardez bien le nombre en bas à droite. Vous ne rêvez pas, ce post a bel et bien été partagé près de 200.000 fois. Par des gens qui ne connaissent pas cette petite fille, par des gens qui n'ont sans doute jamais mis les pieds dans un festival de montgolfières.

Le message est devenu viral et la fillette a fini par retrouver son doudou. Miracle digital.


Inspirés par cette histoire, des centaines de parents en détresse se rassemblent sur Twitter derrière le mot clé #doudou, misant sur élan de solidarité qui ramènerait la peluche aimée (et la tranquillité) à la maison. Sur Facebook, plusieurs groupes d'entraide se sont même créés.

Ils affichent des avis de recherche au ton parfois grave, à l'orthographe parfois hasardeuse, assortis d'une photo du disparu.


Doudou's connection

De temps en temps, ça fonctionne, mais les issues heureuses sont visiblement assez rares. Cet été, André, un jeune papa vivant près de St Etienne offre un voyage surprise à Disneyland Paris à sa petite Eléa. Au retour, patatra : doudou manque à l'appel. Il a oublié de descendre du train avec sa petite propriétaire.

Immédiatement, je suis allé sur le site de la SNCF, j'ai appelé des collègues qui y travaillent, j'ai posté sur Facebook, sur Twitter.... Sans résultat [...] Je me suis rendu compte que je n'étais pas seul dans ce cas. Et le plus étonnant, c'est que ce sont les parents que ces histoires chagrinent le plus.



Certains l'ont bien compris et surfent sur la vague du doudou perdu. C'est le cas de Sandrine, une mère de famille, administratrice du site Mille Doudou. En 2008, sa fillette perd son doudou. Après des jours de recherches infructueuse, elle trouve un doudou semblable dans une boutique spécialisée, qui conserve les collections des années précédentes.

On s'est rendu compte que les collections étaient remplacées tous les six à huit mois. Et les magasins ne font pas de stock. Souvent, les parents ne connaissent pas la marque du doudou, ce qui complique encore leur tâche quand ils veulent racheter le même après l'avoir perdu.


Sandrine, chercheuse de doudous © Sébastien Sabiron


Sandrine s'appuie essentiellement sur les déstockages pour se fournir en doudous retirés du commerce. Elle en achète aussi d'occasion, en se basant sur les photos que des parents à cran lui envoient. Un job à plein temps et un business en pleine expansion :

Certains parents sont prêts à tout pour leur enfant. Quand ils ne retrouvent pas de doudou identique dans le commerce ou sur des sites spécialisés, ils vont sur des sites d'enchères. Et les enchères peuvent monter jusqu'à 100 ou 150 € le doudou.


© Sébastien Sabiron


Objet transitionnel

L'acharnement des parents n'étonne pas le pédopsychiatre Marcel Rufo. Pour lui, les adultes projettent leur propre enfance sur leur projéniture. Le médecin explique que le doudou est un "objet transitionnel", qui permet à l'enfant de se séparer de son objet d'attachement essentiel : la mère.

Sa perte est donc douloureuse, d'autant plus pour les jeunes enfants qui n'ont pas conscience de la mort et se sentent privés d'une partie de leur identité. Mais la perte d'un doudou peut aussi aider à grandir.

La psychanalyste Mélanie Klein insiste sur une phase dépressive qui émaille le développement de l'enfant. Perdre l'objet, c'est aussi conquérir le fait d'être sujet. Une perte peut aider à grandir et avancer dans le processus de développement psychique.


Marcel Rufo / CC Flickr Cfpl Cultura


Alors on respire, on arrête de polluer les timelines avec des avis de recherche, mais on n'oublie pas d'acheter discrètement des doudous en double. Juste au cas où.

Reportage, photos : Sébastien Sabiron.

 



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