Qui pourra bouter Flika ?

le Reportage de la Rédaction Jeudi 17 avril 2014

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Qui pourra bouter Flika ?
Les Algériens élisent leur président ce jeudi. Alors ? Abdelaziz Bouteflika ou Abdelaziz Bouteflika ? Les cinq candidats d'opposition ont peu de chances de s'imposer face au chef de l'Etat sortant. Cette stagnation fait enrager plusieurs collectifs citoyens, formés pendant la campagne.

 

"Il reste un suspens : y aura-t-il un deuxième tour ? En théorie, c'est possible puisqu'il y a six candidats." Malek Chebel, anthropologue et philosophe, ne se fait pas vraiment d'illusion. Vingt-trois millions d'Algériens sont appelés aux urnes aujourd'hui, et selon toute vraisemblance, ils vont réélire Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat à la tête de leur pays. Le président sortant s'est rendu au bureau de vote dans la matinée. C'était sa première apparition publique depuis deux ans.

 

Abdelaziz Bouteflika au bureau de vote, ce jeudi 17 avril 2014 © AFP

 

Comme vous n'aurez pas manqué de le remarquer, il se déplace en fauteuil roulant. Il bouge, c'est déjà ça. Après deux AVC, un ulcère et des hospitalisations diverses, des rumeurs le prétendaient même mort. Il est vivant, et toujours seul, d'après Adlène Mehdi, rédacteur en chef du site internet du quotidien El Watan, à pouvoir réellement prétendre au trône :

On n'a pas de média ouvert où l'on verrait d'autres têtes s'exprimer. Ca crée un vide dans lequel brille une seule étoile : celle de Bouteflika. Du coup, les gens peuvent facilement voir en lui l'homme providentiel, grâce à qui les autoroutes se construisent et la menace terroriste diminue.


 

Saad, un Algérois de 28 ans, ne s'est pas déplacé à l'isoloir aujourd'hui. Désabusé, fatigué par la corruption, il ne croit plus en la politique. Ingénieur de formation, il n'a pas trouvé d'emploi dans sa branche. "Si tu n'es pas malhonnête, tu n'as rien. Ce pays ne m'a rien donné. Si j'allais voter, je donnerais de la légitimité à cet Etat en lequel je ne crois pas."

 

Manifestation anti-Bouteflika, début mars, dans les rues d'Alger © i>Télé, 2014


Les résultats devraient être connus vendredi, mais pour Malek Chebel, c'est clair : les cinq candidats d'opposition "n'ont aucune chance d'arriver au pouvoir, pour ça il aurait fallu une candidature unique". Sans parler des fraudes inévitables dans ce régime très discuté :

Quand Abdelaziz Bouteflika est arrivé, en 1999, tout le monde était derrière lui pour se débarrasser de l'intégrisme. Pour son 2e mandat, il a réussi à s'imposer grâce à son action face aux déficits d'infrastructures. Avec son troisième mandat, il a commencé à s'asseoir sur l'idée d'Etat de droit qu'il avait promise.


 

Il y a bien eu quelques manifestations pendant la campagne, mais elles n'ont pas rassemblé grand monde. "Ceux qui défilent sont une minorité qui a accès à Internet et donc à l'information", se désolait Ya Hamdi, un militant d'une vingtaine d'années, abstentionniste lui aussi. Face à de tels discours dépités, le taux de participation sera le seul révélateur de l'adhésion ou non de la population à son président.

Premier mauvais signe : des affrontements entre gendarmes et habitants ont fait 41 blessés ce matin près des bureaux de vote de Bouira, Raffour, M'chedellah et Saharidj, au sud-est d'Alger. Le ministre de l'Intérieur ne s'en est pas ému, considérant que le scrutin se déroulait "dans de bonnes conditions".

 

L'absence totale d'Abdelaziz Bouteflika pendant cette campagne présidentielle a inspiré les internautes. Revue de web en cliquant ici.

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Photo de couverture : capture d'écran vidéo AFP du vote d'Abdelaziz Bouteflika

Reportage : Leila Berrato                   Mise en page : Augustin Arrivé

 

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