Protège-tibias connectés, GPS partout : la révolution invisible du Mondial

Va y avoir du sport Mardi 24 juin 2014

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Protège-tibias connectés, GPS partout : la révolution invisible du Mondial
A la Coupe du monde, il y a la révolution numérique que tout le monde voit : le rôle des réseaux sociaux, la goal-line technology pour aider l'arbitre à valider les buts… Et il y a celle qui se remarque moins : les footballeurs sont presque devenus des cyborgs, remplis d'outils technologiques qui améliorent leurs performances. Sans rien gâcher au spectacle et à la beauté du sport.

 

Même les anti-football primaires sont bien obligés de l’avouer : pour l’instant, cette Coupe du monde est un régal. Les grands joueurs se distinguent, pas mal des équipes les plus prestigieuses aussi. Et en même temps, il y a des surprises comme le Costa Rica ou le Chili, des joueurs qui se révèlent...

Mousse à raser sur la pelouse et néo-nazi

Elle est belle cette Coupe du monde, elle ne ressemble pas à un blockbuster américain, pas un divertissement balourd et lassant où à la fin, c’est toujours le plus connu qui gagne.

Et puis, il y a des injustices, des images marrantes ou choquantes : un joueur camerounais qui tape son coéquipier en plein match, l’arbitre qui met de la mousse à raser sur la pelouse, un néo-nazi qui débarque pendant Allemagne-Ghana.

Tout ça est sublimé par Internet. Jamais les réseaux sociaux n’ont été aussi bruyants que durant ce Mondial. Rien que pendant le match d’ouverture, plus de 12 millions de tweets ont été postés.

C’est du grand n’importe quoi parfois : sur votre Facebook, vous avez vu apparaître dix fois le photomontage du gardien mexicain Ochoa avec ses six doigts à la main droite.

C’est réjouissant aussi quand la banderole brandie par un enfant indien pendant la cérémonie d’ouverture surgit sur Internet alors que les télés ont refusé de la montrer.

Les corners de Manchester City

On parle beaucoup aussi de la goal-line technology, qui permet aux arbitres de consulter la vidéo pour vérifier si le ballon a franchi ou pas la ligne de but.

Ça c’est la révolution numérique apparente. Mais il y en aussi une autre, qui est nettement moins visible.

Ca ne se voit pas à l’écran mais les footballeurs sont presque devenus des cyborgs. A l’entraînement, la plupart des joueurs portent des GPS collés entre leurs omoplates, les gestes des Allemands sont disséqués par des émetteurs installés aux quatre coins du terrain, les Espagnols ont des protège-tibias connectés.

Et grâce à ces objets, les équipes accumulent tout un tas de données sur le nombre de kilomètres parcourus, sur la fréquence des efforts, sur l’efficacité des gestes... Ça permet à l’entraîneur de faire de meilleurs choix et au footballeur de mieux se connaître.

Ce n'est pas nouveau, c’est l’aboutissement d’un long processus. Un article du Monde magazine explique bien cette révolution du Big Data. IL y a dix ans, Arsène Wenger, l’entraîneur d’Arsenal, a recruté un jeune inconnu, Mathieu Flamini, parce qu’il cherchait un joueur capable de courir 14 kilomètres par match et que le nom de Flamini est apparu au milieu d’une liste de données.

En 2012, l’équipe de Manchester City n’arrivait jamais à marquer sur corner. Du coup, des spécialistes ont analysé plus de 400 buts sur corner et en ont conclu qu’il fallait envoyer le ballon au premier poteau. Et Manchester City s’est mis à faire ça et à marquer.

Pourquoi Bébert le comptable vous devance aux pronos ? 

Si les footballeurs se transforment en robots, on ne va pas s’amuser longtemps, vous dites-vous ? Au contraire, et cette Coupe du monde en est la preuve. Vous en faites le triste constat tous les matins quand au bureau, vous regardez le tableau Veleda et que vous voyez que Bébert le comptable, le type qui n'a pas regardé un match de foot depuis France-Brésil 98, est devant vous au classement des pronostics.

Toutes ces données changent la vie des équipes mais ne garantissent rien. Les champions du monde espagnols, si puissants et si riches, ont été éliminés au premier tour malgré leurs protège-tibias magiques.

C’est ce que disait Xavier de la Porte dans sa chronique sur France Culture et Rue89 : il y a les statistiques mais il y a aussi les états d’âme et les accidents, il y a les émotions, il y a le hasard.

Des chercheurs ont analysé plein de sports et en sont venus à la conclusion que le foot est le sport le moins prévisible du monde. Le favori ne s’impose que dans 50% des cas. Des astrophysiciens ont même établi qu’en Coupe du monde, un match sur deux se décide sur un coup de bol, et pas sur la qualité de l’équipe.

C’est ce mélange entre la rationalité des statistiques et le caractère humain du jeu qui fait la beauté du foot. Et c’est ce qui fait que les cinq heures qui nous séparent des matches de cet après-midi vont être interminables.  


Imanol Corcostegui

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