Profession stagiaire: comment décrocher (enfin) un vrai contrat ?

Prêt-à-l'emploi Vendredi 28 février 2014

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Profession stagiaire: comment décrocher (enfin) un vrai contrat ?
Prêt-à-l’emploi vous livre chaque semaine des conseils pour survivre dans la jungle du monde de travail.

Après sept ans d’études et deux masters en poche, Justine n’imaginait pas devoir refaire un stage. Mais elle n’a pas vraiment eu le choix. Sur le papier, son poste de chargée de communication est un vrai emploi. Et lors de son entretien, ses recruteurs (ils étaient trois) n’ont pas hésité à lui faire “miroiter un CDD”, explique la jeune femme de 26 ans. Mais pas question pour eux de s’engager à l’écrit sur ce point. Quant au “contrat” tant espéré, ils lui confirment : ce sera bien un stage.

J’ai dû acheter ma convention de stage à un organisme foireux qui ne fait que ça, vendre des conventions, sans rien demander en retour, aucun projet pédagogique. Nous étions plusieurs dans ce cas, à faire la queue pour attendre notre convention, puis à repartir illico.

 

Une convention à 580 euros pour des étudiants “fantômes” : pour certains, c’est sûr, les stages sont bien rentables.

Les employeurs de Justine lui ont même proposé un “deal” : être payée en auto-entrepreneur ! La jeune femme refuse : "on m’a fait comprendre que c’était peut-être le signe que je n’étais pas assez motivée !"

Depuis quelques années, les stages connaissent une croissance considérable : 600.000 stages en 2006, 1,6 million en 2013. 

“Nous voulons détruire le préjugé selon lequel un stage mène à un emploi”, s’indigne Morgan, de Génération Précaire. Pas question de remettre en cause la vertu pédagogique des stages : selon le collectif, un tiers d’entre eux seraient “honnêtes”. Les autres, un peu plus contestatables. “Certains employeurs n’hésitent pas à faire des stages de 1 mois et 29 jours pour ne pas avoir à payer le stagiaire” qui doit l’être, légalement, à partir d’un stage de deux mois.“En acceptant des stages, nous détruisons nos propres emplois" , déplore Morgan. 

Faut-il refuser les stages ?  

Que faire, alors ? Dire non à un stage ? 

  • Commencer par chercher un emploi. Un vrai.

 

Inutile de continuer à répondre à des offres de stages lorsqu'on cherche un job. Parfois, les jeunes diplômés font le deuil d’un “vrai” emploi avant même d’avoir sérieusement cherché. Fréquentez les réseaux d’anciens de votre école, consultez les sites d’offres d’emploi en ligne, harcelez Pôle Emploi, participez à des salons. Ne vous contentez pas d'envoyer des mails : appelez. Chercher un travail, c’est un job à plein temps.

 

  • Faire connaître dès le départ son envie de rester à son employeur.

 

Vous êtes stagiaire dans cette entreprise, et vous avez bien l'intention d'être embauché. Expliquez à votre chef à quelle point vous adorez cette boîte, et n’hésitez pas à squatter devant le bureau de DRH. Faites lui comprendre que vous n'en bougerez pas avant d'avoir un entretien.

 

  • Eviter de préciser que vous avez accumulé une dizaine de stages avant.

 

Sur votre CV, lorsque vous évoquez vos expériences précédentes, évitez de mentionner “stagiaire” à chaque ligne. Contentez-vous d’indiquer le poste, et de détailler les tâches effectuées. Idem sur Linkedin ou Viadeo. Si vraiment ça intéresse votre employeur, vous pourrez toujours lui expliquer lors de l'entretien que vous avez fait tout ça dans le cadre d'un stage. 

Une loi pour encadrer les stages

Très attendue, la loi adoptée le 24 février à l’Assemblée Nationale devrait proposer des avancées, comme la limitation des stages à une durée de six mois (qui était déjà prévue, mais souffrait quelques exceptions), ou bien l’obtention de congés pour les stagiaires. Ils devront également être inscrits au registre du personnel des entreprises. 

Mais cette loi - qui doit encore être votée au Sénat - ne règle pas le problème des organismes de formation bidon qui vendent -plutôt cher- des conventions de stage. Par ailleurs, si la loi rappelle que le nombre de stagiaires dans l’entreprise doit être limité, elle ne donne pas plus de précisions. 

Elle a surtout un impact, dans l’immédiat : accroître la pression sur les entreprises qui ont tendance à recourir de manière excessive aux stagiaires.

Et, espérons-le, limiter ainsi les abus. 

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