Profession : journaliste citoyen en Chine

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Lundi 05 mai 2014

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Profession : journaliste citoyen en Chine
Seul un humain sur sept dispose d'un accès à une presse libre. La situation empire : 2013 a été la pire année de la décennie en terme de liberté des médias. En Chine, la censure est partout, et des internautes se transforment en journalistes citoyens pour informer malgré tout.

 

De plus en plus d’internautes chinois parviennent à contourner la Grande muraille pare-feu de Chine pour partager les infos sur des problèmes sociaux. Zhou Suguang, alias Zuola, est l'un de ces journalistes citoyens. Ses écrans sont ses armes secrètes. Zuola ne sort jamais sans son ordinateur, ses deux téléphones et sa tablette tactile, Avec plus de 55.000 followers sur Twitter, des milliers de visites tous les jours sur son site, c’est un des blogueurs les plus influents en Chine. Une notoriété acquise grâce à ses premiers reportages réalisés en 2007.

Il n’hésite pas alors à parcourir des centaines de kilomètres pour couvrir la bataille d’une propriétaire contre la destruction de sa maison à Chong Qing, dans le centre de la Chine. Un voyage financé par son maigre salaire d’éditeur de site internet, « du copier-coller à longueur de journée », explique-t-il.

 

Live-tweet d'une conférence à Taipei sur la construction démocratique. 55.000 followers sur Twitter, ça implique une omniprésence sur le réseau social.

 

Très vite ses articles attirent des milliers d’internautes chinois, des dons pour financer ses futurs reportages… et les autorités. Son site est bloqué une semaine après la diffusion de son premier reportage. Pas de quoi l’arrêter pour autant. Sa motivation ? « D’abord, la curiosité. Ensuite je pense que mes lecteurs sont curieux eux-aussi ! » Avec un autre blogueur, il fait même l’objet d’un documentaire en 2012.

 

High Tech Low Life, de Stephen Maing et Jonathan Oppenheim © Mud Horse Pictures, 2012

 

En 2007, il enchaîne les reportages, jusque dans le Nord-Est de la Chine à près de mille kilomètres de chez lui. Il compte alors écrire un article sur des dizaines de milliers de paysans manifestant contre une escroquerie à grande échelle, impliquant le gouvernement. C’est là que les ennuis commencent.

Dès le deuxième jour, j’ai été emmené au poste de police pour être interrogé pendant 24 heures ! A la fin de l’interrogatoire ils m’ont demandé de leur donner tout l’argent que j’avais pour acheter un billet d’avion pour me renvoyer chez moi. Je leur ai dit que c’était trop cher et que je pouvais très bien prendre le train. Ils m’ont alors frappé dans le cou et m’ont dit « on est bien trop gentil avec toi, pas vrai ? » Ensuite ils ont envoyé deux policiers pour m’escorter en avion jusqu’à chez moi en plein milieu de la nuit.


 

Malgré les pressions de plus en plus fortes, Zuola continue de poster sur son blog des photos de lui devant des manifestations. En 2008, il parvient à contourner la censure en créant une adresse https, permettant de chiffrer les données de son site. Une technique qu’il tente aujourd’hui d’enseigner aux internautes chinois.

 

Si vous parlez mandarin, vous pouvez aller faire un tour sur le site de journalisme participatif créé par Zuola. C'est par ici.

Pékin censure même The Big Bang Theory. On en a parlé par là.

 


 

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Reportage et photos : Clément Robin


 

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