Pourquoi j'ai rapidement fui l'Education nationale

le Reportage de la Rédaction Mardi 21 octobre 2014

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Pourquoi j'ai rapidement fui l'Education nationale
Elle était passionnée par son métier et par sa discipline, la littérature. Pourtant, après un an seulement d'enseignement comme remplaçante dans des collèges de la région parisienne, au bord de la dépression, Delphine, 27 ans a claqué la porte de l’Éducation nationale. Témoignage.

 

Cette rentrée scolaire s'est faite sans elle. Après une seule année d'enseignement, Delphine, 27 ans, a décidé de quitter définitivement son poste de professeur de français. Sa brève expérience dans deux collèges de l'Académie de Versailles l'a complètement déroutée.

"Je ne devais pas enseigner, mais gérer une classe"

Pourtant, cette Avignonnaise avait de beaux jours devant elle sur les bancs de l'école. Après une prépa littéraire, un Capes (certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré) brillamment obtenu en 2009, et un doctorat de Lettres modernes à Lyon, elle décroche son premier contrat dans l'enseignement secondaire pour la rentrée de septembre 2013. Comme elle a obtenu un contrat doctoral, elle est directement titularisée, sans passer par la case du stage d'un an de préparation au métier.

Sans expérience, elle se voit confier des remplacements sur deux collèges, avec quatre classes réputées difficiles en Ile-de-France. Les premières choses qui l'étonnent, ce sont les cris, l'agitation, les insultes et la nécessité de sans-cesse élever la voix.

Je n'aime pas les rapports de force et je n'étais pas assez combattante pour affronter des ados. Car dans ces établissements-là, si on ne sait pas se battre, ce sont les élèves qui nous coulent. Je ne devais pas enseigner, mais gérer une classe.


 

Rehausser les notes des élèves pour donner de bons résultats au collège

Dès les vacances de la Toussaint, elle se rend compte de la difficulté du travail, dans des classes où l'enseignement du français est relégué au second plan. Car les disparités entre les élèves dans un groupe sont tellement importantes, qu'elle ne sait plus où donner de la tête. "Quand il y a de très bons éléments à côté d'élèves qui, en 4eme, savent à peine bien lire, comment voulez-vous apprendre les figures de styles ?"

De plus, les va-et-vient dans les deux établissements où elle enseigne renforcent son instabilité. Mais elle décide de devenir représentante des enseignants au conseil d'administration dans l'un des deux collèges, pour voir de l'intérieur, comment ça se passe. Mais là aussi, c'est la surprise.

 

Son ultime recours : Internet et les forums pour quitter l'enseignement

Se sentant inutile et impuissante, au fil des semaines, elle s'éloigne petit à petit de son métier. Et c'est après les vacances de Pâques, en avril dernier, qu'elle décide de quitter l'enseignement. Le médecin du travail la renvoie chez elle; elle est arrêtée pendant un mois et demi.

C'est à ce moment-là qu'elle découvre le forum Quitterlenseignement.org. "Je me suis sentie moins seule, tout d'un coup j'ai remarqué qu'on était plusieurs à être au bord du burn-out". Grâce aux conseils et aux informations qu'elle glane sur Internet, elle décide de passer un concours interne de la fonction publique.

Sans difficulté, elle devient secrétaire administrative au ministère de l'Economie, un emploi pour lequel elle n'a besoin que d'un bac, et qui est rémunéré 1,5 fois son salaire de professeur. Depuis septembre elle est chargée de coordonner la préparation aux concours de l'ENA, et ne regrette pas d'avoir quitté l'enseignement.

Cette expérience est un échec, et avec le recul, ce métier avec des adolescents compliqués n'était pas fait pour moi. Quand on est jeune prof, on ne choisit pas son affectation, et parfois ça peut être violent. C'est pour cela que j'ai fui. Mais le vrai échec, c'est surtout pour l'Education nationale, car sans professeur, quel sera demain l'avenir de nos enfants ?



Une question essentielle, à laquelle elle n'a pas la réponse.

 


 

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Reportage et photo d'illustration Sophia Marchesin

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