Pour un autre Internet, allumez les Mesh !

L'actualité numérique Mardi 10 juin 2014

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Pour un autre Internet, allumez les Mesh!
A l'aune des révélations Snowden, de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer un nouvel Internet. Et pour beaucoup, le début de la solution est à chercher du côté des "réseaux Mesh"...

 

La surveillance massive des Etats, le siphonage de nos données par des colosses du web qui concentrent de plus en plus entre leurs mains les usages d'un Internet qu'on décrivait jusqu'à présent comme décentralisé... Autant de raisons qui font dire à de nombreux observateurs du réseau qu'il est grand temps de repenser, pour le reconfigurer, Internet. Afin qu'il reflète réellement les valeurs qu'on lui associe souvent: circulation libre et ouverte des informations, vecteur de liberté d’expression pour tous...

Et pour beaucoup, la solution se trouve peut-être du côté d'un certain type de technologie: les réseaux dit "Mesh".

Allume le Mesh

Concrètement, un réseau Mesh désigne une infrastructure sur laquelle on peut communiquer, échanger, -comme Internet- à la différence qu'il n'est pas obligatoire de passer par ceux qui fournissent traditionnellement ce fameux accès à Internet. Une sorte de bulle donc, qui ferait l'impasse sur les Orange, Free, Numericable et compagnie.

Le tout sans qu'il soit si compliqué de le mettre en place: pour faire un réseau Mesh, il suffit d'avoir plusieurs appareils avec une connexion Wi-Fi et le tour est a priori joué. Chaque appareil connecté est alors à la fois émetteur d’informations, récepteur aussi, mais surtout, surtout, point relais du réseau. Aiguilleur de trafic. Ou routeur, comme on dit dans le jargon.

En gros, c’est un peu comme dans un échange peer-to-peer, que vous utilisez pour télécharger (légalement bien sûr): chaque internaute connecté est à la fois source et récipendiaire. Et ici, relai réticulaire.

Des Mesh dans les régions sinistrées, les régimes autoritaires ou les concerts blindés...

Le plus beau dans l'histoire, c'est que ces réseaux sont loin d'être de pures réflexions théoriques. Examinés et améliorés dans les labo de l'armée américaine, ou du prestigieux MIT, les réseaux Mesh permettent aujourd'hui de nombreuses applications concrètes.

Ainsi des humanitaires les déploient dans des zones sinistrées par des catastrophes naturelles, afin de rétablir des communications. De même, des initiatives telles qu'Open Mesh souhaitent en mettre en place dans des régimes autoritaires comme la Libye, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, qui ont coupé (et coupent encore parfois) l'accès à Internet, ou à des sites populaires tels que Facebook et Twitter, très utilisés, on l'a vu lors des Printemps arabes, par les protestataires.

Mais le Mesh n'est pas seulement une technologie d'état d'urgence. Elle est aussi utile pour des zones reculées, sans accès à Internet. Dans un article dédié aux réseaux Mesh, Le Monde évoque ainsi une expérimentation dans le sud des Pyrénées. On pourrait citer aussi l'exemple de Notre Dame des Landes, qui a tenté de mettre sur pied son petit Internet autonome.

Des start-ups les utilisent même carrément pour proposer des applications mobiles permettant de communiquer lorsqu'il est impossible de capter le moindre signal. Dans le métro, l'avion ou, puisque c'est la saison, au coeur de festival de musique bondés... où l'on ne parvient pas à envoyer ne serait-ce qu'un SMS.

C'est par exemple la promesse de FireChat, application dont la popularité à Taiwan n'a pourtant rien à voir avec ces préoccupations somme toute badines. Comme l'explique Forbes, le pays a récemment été le théâtre de mouvements de contestation, et quand l'armée a menacer de couper l'accès au Net, les manifestants taiwanais se sont rués en masse sur FireChat. Preuve, si l'en est, des nombreux potentiels des réseaux Mesh.

Mesh ? Connais pas.

Pourquoi alors ne sommes-nous pas tous déjà sur ces réseaux ?

Tout simplement parce que des problèmes techniques demeurent. La qualité des échanges, ainsi que leur portée, sont loin d'atteindre le niveau offert par de l'ADSL classique, ou de la fibre optique.

De même, le réseau Mesh n'est pas la panacée. Si l'on veut se brancher à l'Internet classique à partir de ces bulles de communication autonomes, il faut bien revenir au point de départ: à savoir, se brancher d'une façon ou d'une autre à ces bons vieux tuyaux (ou antennes). De même, s'ils permettent de s'émanciper des infrastructures d'Etat -ce qui est bien pratique dans de nombreux pays-, ils ne protègent pas par défaut de la surveillance: si cette dernière est rendue plus difficile, elle reste possible...

C'est pour ces raisons, expliquait il y a un an une chercheur du CNRS dans Wired, que les réseaux Mesh restent aujourd'hui cantonnés au rang d'appendice du Net. Et n'a pas encore accédé à celui de réelle alternative.

Mais l’esprit qui les porte, ce côté tous détenteur d’un bout de réseau, motive tout un tas d’initiatives en leur faveur. Tout simplement parce qu'il s'approche de l'idée que l'on peut se faire d'un Internet parfait, sous sa forme pure: parfaitement maillé et décentralisé. Rien que pour cela donc, si chacun commençait à s'approprier cette technologie, ce serait déjà en soi un petit bout de révolution... et de reconstruction.

Andréa Fradin


Illustration:Paternité Certains droits réservés par Mad House Photography

SON Sefyu, "Allumeur De Mèche" | Se-se-se-fyuuuu parle (presque) d'Internet

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