Portrait du passé, portrait d'une génération

Plan B pour Bonnaud Samedi 26 octobre 2013

Réécoute
Portrait du passé, portrait d'une génération
Nous recevons aujourd'hui Flore Vasseur qui publie En bande organisée aux éditions des Equateurs, ainsi que Chantal Akerman pour son livre Ma mère rit, qui paraît aux éditions Mercure de France.

 

Chantal Akerman est une cinéaste, réalisatrice d'une trentaine de films dont Un divan à New York, La Captive, ou encore La folie Almayer. Son livre Ma mère rit vient de paraître aux éditions Mercure de France.

 

« Au début, c’était un cataclysme avec de la brûlure et de l’exaltation.
Des mots, toujours les mêmes, sans cesse répétés, j’ai fait connaissance avec les mots d’amour d’une langue ancienne.
J’ai tant parlé. J’aurais pas dû.
Oui, je revivais.
J’arrêtais de voir ma mère mourir.
J’arrêtais de ne pas vivre.
Il y avait de la vie en moi.
Toute une vie.
Une pleine vie. »

C.A

 

 

Dans cet autoportrait écrit à vif, dans la brûlure, l’intensité et la crudité du quotidien, Chantal Akerman nous confie pour la première fois la matière même de toute son œuvre, de toute sa vie. Depuis son premier court-métrage à 18 ans, Saute ma ville, en 1968, et ses premiers films, Je, tu, il, elle en 1974 ou le film culte Jeanne Dielman, en 1975, avec Delphine Seyrig, jusqu’à son dernier film librement réalisé à partir du roman de Conrad, La folie Almayer, en passant par ses installations et ses carnets de voyages, films documentaires en Russie, à New-York ou dans les pays de l’Est, elle n’a jamais cessé de décrire l’enfermement, la répétition, la confrontation avec l’autre, le désir d’un ailleurs, le vertige de la folie. Ma mère rit est une magnifique plongée dans le cœur, le rire, les joies et les blessures de Chantal Akerman.

 

Flore Vasseur est entrepreneure et auteure. Anciennement installée aux Etats-Unis, elle parle dans ses ouvrages de la mondialisation, de la société de consommation et du capitalisme. Son troisième roman, En bande organisée vient de sortir aux édtions des Equateurs.

 

Depuis le berceau, les écrans les relient à la matrice, ce qu’ils tiennent pour vrai : les medias de masse, la rumeur publique, l’algorithme de Google. Meilleurs éléments de la première génération élevée par les marques et la télévision, ils se sont connus bébés requins, à vingt ans sur un campus. Vie maritale, adhésion au Racing, Noël sous les tropiques : ils ont tous les apparats de « la vie en gold ». Amitiés, loisirs, vacances, tout est tactique, retour sur investissement, courbe d’expérience. Réussir, c’est grimper tout en haut : du toboggan, de la tour à la Défense, de la chaîne alimentaire. Bien placés sur la pyramide des âges, ils prendront le pouvoir. Et tout cela sera à eux : les états-majors du CAC 40, la loge du Grand Orient ou à Roland-Garros, les dîners au Siècle ou à l’Élysée. Ils se glisseront sans rien questionner dans les mocassins de leurs prédécesseurs. Leurs mentors, leurs « pères », à tuer peut être, à ne décevoir jamais. Pour eux, ils ont fait les clémentines sans pépin, la vie sans accroc, génétiquement modifiée, spirituellement vierge. Ils représentent la crème de la crème avariée du pouvoir, la relève, le club Mickey des affaires. La disparation suspecte de l’un d’entre eux ouvre une brèche : les rois sont beaux mais ils sont nus. Sont-ils tout à fait morts ? 

En bande organisée est à la fois le roman d’une génération, celle des quadras arrivés au seuil du pouvoir et une enquête sur la collusion politico-financière à la tête des États de la zone euro. Avec ce troisième livre, Flore Vasseur poursuit son implacable dissection du monde contemporain et pose trois questions essentielles : Qui gouverne? Pourquoi? Pour une génération qui a tout, qu’est-ce qu’être libre?

 

> Suivez Frédéric Bonnaud et son Plan B sur twitter

Abonnez-vous au podcast de l'émission : RSS iTunes

Commentaires