Porno: les beurettes françaises et les mamies allemandes

L'actualité numérique Vendredi 25 avril 2014

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Porno: les beurettes françaises et les mamies allemandes
Cinq chercheurs français se sont intéressés aux tags des sites de streaming, reflets des clichés de l'industrie porn.

 

 Le porno est officiellement un nouveau champ de recherche dans les sciences sociales. Sur le modèle des  “cultural studies” ou des “gender studies”, ce nouveau champ de recherche interdisciplinaire est appelé “porn studies”.

Le premier numéro de la revue fondatrice Porn studies est sortie en mars, et est disponible gratuitement sur Internet. Il faut en profiter, les suivants seront payants (et très chers). La France y est bien représentée avec un article très intéressant sur les tags porno co-signé par cinq chercheurs français, Antoine Mazières, Mathieu Trachman, Jean-Philippe Cointet, Baptiste Coulmont et Christophe Prieur.

“Sexy babe anal sex in boots and latex lingerie” 

Les tags (mots-clés) étaient très à la mode en 2004, à l'époque où se profilait le web 2.0. L'Internet serait parfaitement classé en tags, rangé comme des étagères de bibliothèque, prêt pour le futur de la recherche sémantique. Dix ans plus tard, Delicious, figure du proue de la classification par tags, est mort-né.

La taxonomie est surtout devenu une réalité sur les sites porno (et sur Netflix ou les sites de streaming musical) et apparaît comme une tâche fastidieuse sur le reste de l'Internet. Ce n'est pas un hasard si le meilleur site sur la culture porno s'appelle... Le Tag Parfait.

Les tags structurent l’offre porno. Sur les sites de streaming, ils sont la seconde porte d'entrée sur les contenus, après la sélection des vidéos en page d'accueil. Les titres de vidéo sont eux-même des combinaisons de tags, afin de cibler parfaitement à la demande, en associant plusieurs fantasmes: “Sexy babe anal sex in boots and latex lingerie” ou "Cute german housewife penis sucking".

Pour étudier le porno en ligne, passer les tags à la moulinette d’un algorithme paraît une évidence. C’est ce qu’on fait ces chercheurs français sur deux sites de streaming majeurs, XNXX and Xhamster. Et ils arrivent à un certain nombre de résultats intéressants.

À chaque pays son porn

Les chercheurs se sont penchés sur les tags les plus associés aux vidéos taguées par nationalité (“française”, “allemande” ou “suédoise”).

 

On se rend compte que les trois tags les plus utilisés sur les vidéos françaises sont : "Arab", "Anal" et "Gangbang". Si la tradition toute française de la sodomie et du gang-bang ne surprendra personne, l’association avec "Arab" renvoie selon les chercheurs au passé colonial de la France, qui a fait des jeunes "beurettes" un objet de fantasme pour les Français.

Avec le tag "allemand", les tags les plus surreprésentés sont "vintage", "gothic" et "grannies" (oui, les mamies). Un porn orienté vraies valeurs du "made in Germany", attaché au vintage et aux grand-mères.

Au contraire, le tag "russe" renvoie aux tags "Babysitters", "Old + Young" et "Teens". Un tag qui flirte dangereusement avec la ligne jaune de la majorité.

Ces résultats ne témoignent pas forcément des pratiques dans les différents pays, préviennent les chercheurs:

Cela n'informe pas précisément sur les pratiques sexuelles dans un pays, mais est plutôt un indicateur de comment cette nationalité est mise en scène dans un contexte pornographique.


 

Ces tags témoignent plutôt des fantasmes associés aux différentes nationalités, auxquels répond la production porno. Les tags reflètent donc les clichés du porn.

Les nains sont les humoristes du porn

Les chercheurs ne se sont pas intéressés qu’aux nationalités. Ils ont par exemple étudié le tag "nain" et se sont rendus compte qu’il était extrêmement associé au tag "funny". Ce qui renvoie aux pratiques douteuses du lancer de nains, les personnes de petite taille étant dans le porno aussi des objets de foire.

"Grannies", le tag victime de son succès

Le marché du porno ne s’équilibre pas toujours. Certains tags proposent trop peu de vidéos disponibles par rapport à la demande. Les chercheurs ont calculé un indice de "popularité" des tags qui pourrait indiquer, au-delà d'un succès d'audience, «un contenu pour lequel la demande surpasse ce que les uploaders peuvent offrir».

Les six tags les plus "populaires" sont ainsi: Grannies, Old+Young, Korean, Matures, Arab, Midgets (nains) et Massage. Si vous avez sous la main une vidéos de mamie coréenne qui effectue un massage sur un nain, vous pouvez sans doute dès maintenant quitter votre travail et entamer une retraite sous les tropiques.

Le succès écrasant des mamans

Mais avant la grand-mère, le passage obligé du porno reste la mamanSur les 100 vidéos les plus vues sur Xhamster, les chercheurs relèvent que 37 vidéos ont le mot "mom" ou "mother" dans le titre.

Cette étude, qui peut paraître triviale, ne cherche pas à tirer de conclusions définitives sur le marché du porno, mais permet de montrer l'intérêt d'une analyse Big Data. C'est ce qu'explique un de ses auteurs, Antoine Mazières, à Streetpress:

Il s’agissait avant tout de montrer qu’une analyse quantitative pouvait être pertinente dans l’étude du porno.


Pour montrer la pertinence de leur démarche, les cinq chercheurs ont mis en ligne un outil grand public, Porngram, une sorte de Google Trends du porno qui interroge une base de données de 800.000 titres de vidéos pornos.
L'occasion de remarquer un certain déclin français, sous la mandature Sarkozy. La base de données s'arrêtant en 2012, il est encore impossible de mesurer l'influence des allégements de charge de François Hollande. Le retour du tag "french", sans nul doute un des enjeux majeurs des présidentielles 2017.

 

Vincent Glad.


 

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