Pirates de tous pays, unissez-vous

World in Progress Samedi 20 juillet 2013

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Pirates de tous pays, unissez-vous
En avril dernier, l'Islande était le premier pays au monde à voir des représentants du parti Pirate siéger dans un parlement national. Au même moment, des pirates de toute la planète s'étaient donné rendez-vous à Kazan, en Russie, pour discuter de leur avenir.

 

Vous ne connaissez pas Kazan ? Pas le réalisateur, la ville. Capitale du Tatarstan (ce qui ne nous avance pas beaucoup), principale ville musulmane de Russie, une bourgade d'un million d'habitants, vieille d'un millénaire, bâtie sur les rives de la Volga, et qui ne lésine pas sur la grandiloquence quand il s'agit de faire des publicités touristiques en utilisant la musique de Jurassic Park :

 

 

Pourtant, à Kazan, vous ne trouverez pas de dinosaures mais des pirates. Venus de la Terre entière, ils étaient réunis, en avril dernier, pour la troisième conférence annuelle du Parti Pirate International. Claire Chaudière, de la rédac' du Mouv' s'était glissée parmi eux. Et il y avait du monde à table.

 

Les goodies de l'Assemblée pirate © Claire Chaudière, Le Mouv'

 

Une quinzaine de nationalités, une cinquantaine de militants, d'autres sont bloqués chez eux, sans visa. Ils participent à distance, en visioconférence. Sauf quand des problèmes techniques s'en mêlent. Connexion internet interrompue. Les pirates absents s'énervent, imaginent que les présents décident sans eux. Ils se battent pour leur liberté d'expression, alors pas question qu'on les éclipse des débats.

 

Quand finalement, la communication reprend, chacun expose ses sensibilités, ses objectifs différents. Certains veulent parler "copyright", d'autres "censure politique". Yasin Aydin représente le parti Pirate turc. Un mois et demi plus tard, la révolte éclatera place Taksim, à Istanbul. Ce jour d'avril, le discours du pirate turc est d'une lucidité épatante :

Yasin Aydin, pirate turc (à gauche), et ses homologues suisse et français, Alexis Roussel et Maxime Rouquet © Claire Chaudière, Le Mouv'

 

 

 

"La situation est franchement mauvaise en Turquie. Le gouvernement de droite bloque l'information et se tourne de plus en plus vers la frange religieuse du pays. Du coup, si vous critiquez le pouvoir ou la religion sur internet, vous pouvez être arrêté. Alors notre rôle, c'est d'aider les citoyens à se procurer un internet libre, gratuit et anonyme."
                                                                     Yasin Aydin

 

 

 

 

 

 

Cette conférence est aussi l'occasion de voter pour intégrer ou non au Parti Pirate International de nouveaux mouvements nationaux issus du même mouvement de pensée. Le parti pirate turc, justement, est autorisé à entrer dans la grande famille, tout comme les partis tunisien, biélorusse ou islandais. Pas encore le parti pirate européen, même si le projet est dans les tuyaux.

 

Gregory Engels, le co-président du P.P.I., peut être fier. Alors que le premier parti du genre n'a que sept ans (fondé en 2006 en Suède), il en existe maintenant dans 70 pays. Ca nécessite forcément un peu de régulation, et il est là pour insuffler une dynamique commune, homogène.


Les pirates votent pour agrandir leur famille © Claire Chaudière, Le Mouv'

 

Plus de 250 élus à travers le globe. Mais la plus belle victoire électorales des pirates arrivera une semaine après ce petit séjour russe. Le 27 avril, trois représentants islandais du parti entreront à l'Althing, le parlement national de Reykjavik. Après le temps des projets, une nouvelle ère commence : celle de l'action politique. Les pirates commencent à prendre le pouvoir, ils ne doivent pas décevoir ceux qui les y ont portés.

 

Les pirates du monde entier peuvent-ils agir ensemble ? Pour en parler, World in progress reçoit TXO, porte-parole du parti Pirate français, et le sociologue Dominique Cardon, prof à l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée et auteur du livre La démocratie internet, publié au Seuil.


 

 

 

 

 

 

 

 

Reportage signé Claire Chaudière (@Claire_Choo)

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