Philip Seymour Hoffman et le purgatoire numérique

L'actualité numérique Lundi 03 février 2014

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Philip Seymour Hoffman et le purgatoire numérique
Après l'annonce du décès de l'acteur Philip Seymour Hoffman ce dimanche, les internautes ont pleuré tous ensemble. Une fois de plus. Mais qu'est-ce qui nous pousse vers ce deuil numérique ?

 

Tout avait commencé comme un hoax dont Internet a le secret : au début du mois, Philip Seymour Hoffman était tué en ligne. Le temps que la presse démonte la rumeur, l'acteur américain a cassé sa pipe le 2 février, dans une baignoire new-yorkaise. Et si la coincidence peut sembler triviale, elle révèle deux aspects importants de la mort dématérialisée :

D'abord, les chats mignons et Miley Cyrus n'ont pas le monopole d'Internet. Nous y sommes entourés par la mort, diffuse ou en streaming, dans les alertes push de nos smartphones et sur YouTube.

Exemple : il y a quelques semaines, Paul Walker, l'acteur star de Fast & Furious, se tuait au volant. Rapidement, l'article sur sa mort devient l'article le plus lu de l'histoire du Monde.fr.

Ensuite, sur le web, on meurt toujours deux fois. Depuis que le web communautaire existe, on prolonge artificiellement la vie avec des tombes numériques, des cimetières virtuels, des groupes de parole et maintenant des pages Facebook.

On mutualise sa peine, on pleure des gens qu'on ne connaît pas, de Lou Reed à Nelson Mandela.


Aux XIXe et XXe siècle, les anthropologues se sont échinés à classer les sociétés en deux catégories : celles qui inhument leurs morts et ceux qui les incinèrent. Avec les réseaux sociaux et cette culture du hashtag, ce #RIP qui inonde les écrans, nous sommes entrés dans une société où les funérailles précèdent presque la mort.
A tel point que dimanche soir, juste après avoir rédigé leur épitaphe en 140 signes, certains se sont presque repris à voix haute : "Attendez, est-ce qu'il est vraiment mort ?"

Ce purgatoire à ciel ouvert, qui précède la mise en bière, ne va pas sans poser quelques questions. Dans un mois, dans un an, comment se souviendra-t-on de ces quelques heures qui ont suivi la mort de Philip Seymour Hoffman ? Etait-on vraiment affectés ?  Plus généralement, a-t-on un besoin viscéral de jouer les messagers ou de jouer les pleureuses collectivement ?

En 1921, Wittgenstein écrivait que “la mort n’est pas un événement de la vie”. Et maintenant ?

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Photo Flickr Studio TV

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