Pepe Mujica, le président vraiment normal

World in Progress Mercredi 11 décembre 2013

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Pepe Mujica, le président vraiment normal
L'Uruguay a légalisé cette nuit la production et la vente de cannabis sous contrôle de l’État. Une décision impulsée par José Mujica alias "Pepe", un président paysan, humaniste et anticonsumériste. Le Mouv' l'avait rencontré cet été sur son exploitation.

 

Reportage diffusé dans la série World in Progress, l'été dernier sur le Mouv'.

C'est un pays de la taille d'un confetti, enclavé entre les géants brésilien et argentin. L'Uruguay, 3,5 millons d'habitants, un mode de vie à l'européenne, un pays marqué par douze ans de dictature militaire. A sa tête : José Mujica dit "Pepe".

Pepe Mujica © Benjamin Illy, Le Mouv'

 

Pepe, est un homme du peuple, "El Hombre del pueblo". Ancien "Tupamaro", combattant de la guerilla urbaine de gauche durement réprimée pendant les années 60, il a été emprisonné durant 14 ans sous la dictature, torturé, tout comme sa femme Lucia Topolansky, aujourd'hui sénatrice.

                                                        De la prison à la présidence

Depuis, Jose Mujica a déposé les armes pour s'engager sur la voie démocratique. Cofondateur du Mouvement de Participation Populaire (MPP) il accède à la fonction suprême le 29 novembre 2009. En 2012 à Rio de Janeiro, il monte à la tribune de la conférence Onusienne sur le développement durable.

Le monde découvre un vieux bonhomme sans cravate qui place les puissants face à leurs contradictions sans sourciller. La légende de Pepe est en marche.

Conférence de José Mujica au sommet Rio+20, juin 2012 . Plus d'un million de vues sur Youtube.

L'homme du terroir

Pepe ne porte pas de Ray-Ban, il ne joggue pas encadré par des gardes du corps. Il ne vit pas sous les ors de la république. Pour le trouver, il faut se rendre au Rincon del Cerro, dans la banlieue de Montevideo, la capitale. 

Rincon del Cerro. Derrière les arbres à droite, la ferme présidentielle. © Benjamin Illy, Le Mouv'

C'est ici qu'on fait le pied de grue, devant sa "chacra", le petite ferme qu'il occupe avec Lucia son épouse et Manuela, sa chienne à trois pattes. Après une longue attente, Pepe déboule, au volant de sa vieille coccinelle. On a volé pendant 16h, on n'a pas rendez-vous avec le président. Alors on s'incruste à bord :

Dans la Cocc' de Pepe © Benjamin Illy, Le Mouv'

 

Le président horticulteur se définit lui-même comme un "vieux libertaire". Pragmatique, il recommande de consommer moins pour vivre plus. Il n'a pour seul bien que sa vieille Coccinnelle et reverse 90% de son taitement présidentiel (environ 9000 euros par mois) à des organisations caritatives.

Pour moi la sobriété, la façon de vivre, ça traduit ma manière de penser. Je ne vais pas changer ça sous prétexte que je suis président [...] Je pense que l'on se rapproche beaucoup plus du bonheur si on est capable d'avoir un bagage léger, si on n'est pas soumis à des besoins matériels qui nous rendent esclaves.


 

Atypique, franc du collier, Pepe bénéficie d'une grande notoriété en Uruguay. Son discours simple et humaniste séduit aussi hors des frontières. Pablo Garcia de Castro, 23 ans, étudiant en journalisme, a rejoint Montevideo il y a un an, touché par l'allocution iconoclaste de Pepe à Rio.

Il a aimé le style, le propos. On l'a rencontré tard le soir, dans un bar du centre-ville :

 

Pablo connait au moins une quarantaine de jeunes espagnols qui ont fait leurs valises pour l'Uruguay, curieux de la dynamique impulsée par Pepe. Lui aussi touché par le discours de Rio, le cinéaste serbe Emir Kusturica prévoit de réaliser un biopic sur Pepe. 

 

Promesses non tenues

Pepe au milieu des chaussettes © Benjamin Illy, Le Mouv'

 

 

 

Depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir en 2004, la pauvreté a été divisée par trois en Uruguay. La croissance se maintient à 4% et le chômage à 6%.  

 

Le président est à l'origine de réformes qui tranchent avec l'habituel conservatisme sud-américain : légalisation du cannabis, mariage homosexuel, libéralisation de l'avortement...

 

 

 

 

 

 

Malgré tout, certains dossiers restent en suspens. Pepe est notamment contesté pour sa relative clémence à l'égard des cassiques de la dictature militaire, qui sévissait entre 1973 et 1985. Cette année, la Cour Suprême urugayenne a rétabli l'amnisitie pour les crimes commis sur la dictature et Pepe s'est incliné. Un manque de volontarisme qui reste en travers de la gorge des familles de victimes.

Macarena Gelman été arrachée à sa mère à sa naissance par la dictature. Marianna Gonzales est sociologue, membre de l'Institut National des Droits Humains en Uruguay. Survolez la photo pour écouter leurs témoignages :

 

 

Autres dossiers brûlants : la précarité, l'insécurité et l'education, dont Mujica a fait une priorité de son mandat. Dans les rues défoncées de Casabo, quartier pauvre de Montevideo, l'aura du président est intacte. Mais au SOCAT de Casabo (une sorte de centre social) on regrette le manque de volontarisme du Pepe.

 

Rodolfo Novez, SOCAT de Casabo (cliquez sur le player) © Benjamin Illy, Le Mouv'

 

Décrit par son opposant Julio Sanguinetti comme un "anarchiste romantique", Pepe Mujica serait un philosophe, un militant un peu farfelu, plus qu'un vrai chef d'état. Qu'y a t'il vraiment sous le berêt et la polaire élimée du président horticulteur ? Nous sommes allés poser la question aux journalistes du quotidien "La Diara".

 

La rédaction de "La Diaria" (cliquez sur le player) © Benjamin Illy, Le Mouv'

 

Grâce à son projet de loi sur le cannabis (destiné à limiter l'emprise des narco-traficants), Pepe est cité pour le prochain Prix Nobel de la Paix.

"El Pepe" a t-il des choses à nous apprendre ? Peut-on bâtir un nouveau monde gràce à l'écologie humaine ? Autour des micros de World in Progress :

  • Fernanda Mora, déléguée du Conseil Consultatif urugayen à Paris
  • Zelmar Michelini, journaliste et membre de "Donde Estàn ?", association  consacrée aux disparus de la dictature urugayenne. 

 


 

 

 

 Reportage pour le Mouv' de Benjamin Illy (@B.Illy).

Illustration de couverture CC Flickr / Sec. de Comunicación - Presidencia Uruguay

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