Pas de terre promise pour les bédouins israéliens

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Lundi 14 octobre 2013

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Pas de terre promise pour les bédouins israéliens
Au sud d'Israël, dans le désert du Néguev, une communauté bédouine est menacée d'expropriation. Ce projet de loi israélien prévoit le déplacement de 40 000 bédouins dans des villes nouvelles. Au risque d'anéantir un mode de vie pluriséculaire.


Emilie Baujard s'est rendue dans le désert du Négev, à la rencontre de ces bédouins que l’État d'Israël veut déplacer. Reportage en cliquant ci-dessus.

C'est une minorité oubliée. Ils sont nomades, arabes, mais ont la nationalité israélienne. Ils sont implantés dans le Néguev depuis des générations. Problème : ces 35 villages dans lesquels vivent près de 90 000 bédouins ne sont pas reconnus par Israël.
 

Village bédouin dans le Négev © Haaretz





Un projet de loi vise à exproprier 40 000 personnes vers des villes nouvelles. Ce plan "Prawer-Begin" serait le plus important déplacement de populations en Israël depuis les années 50. Pour les bédouins du Negev, cela reviendrait à rayer d'un trait de plume des centaines d'années de culture et de traditions.

L’État d'Israël justifie ce projet par une volonté d'améliorer les conditions de vie des bédouins, qui ne disposent à ce jour ni d'eau, ni d'électricité, ni de routes, ni d'hôpitaux.







Depuis les années 70, sept villes nouvelles sont sorties de terre et abritent aujourd'hui près de 100 000 ex-nomades. Mais si le confort s'est amélioré, ces ghettos bédouins affichent les taux de chômage, de pauvreté et de criminalité les plus élevés du pays.

Conditions de vie précaires à Al-Sira, l'un des villages bédouins non reconnus © Reuters
 

Cette nouvelle loi prévoit donc de sédentariser TOUS les bédouins du Négev. Atiyeh al-A’sam, président du Conseil régional des villages arabes non reconnus considère ce plan comme une tentative de "judaïsation du Néguev. Le principal objectif de ces projets étant selon lui "de saisir les terres arabes et d’en éradiquer les racines arabes."

Manifestation bédouine à Jérusalem le 27 mai 2013 © Reuters

Doron Almog, général israélien en retraite est chargé de coordoner le plan au nom du gouvernement. Il se défend de tout déplacement forcé de population.
 

Tout cela passera par un dialogue et des négociations. Les bédouins seront dédomagés, ils recevront près de 40 millions d'euros et environ un tiers de leurs terres seront enregistrées comme leur appartenant. C'est une offre très généreuse que nous faisons aux bédouins. C'est la première fois qu'on leur propose tant d'argent et de terres.


 
Une fois la loi votée, peut-être début 2014, les bédouins auront un an pour en accepter les conditions. Passé ce délai, leurs terres seront saisies sans compensation financière.

Reportage signé Emilie Baujard, correspondante du Mouv' au Moyen Orient.

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