Oh...

Les lectures Mercredi 26 février 2014

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Oh...
L'avant-dernier roman de Philippe Djian, le Feydeau de la pop-culture, maintenant disponible en poche.

 

Je vous présente Michèle, la mère, la mâitresse et l’amie que je ne souhaite à personne. Il faut dire qu’elle même n’est pas gâtée. Son père est en prison depuis trente ans. Sa mère veut épouser un gigolo. Son fils s’est entiché d’une pimbêche, elle-même enceinte d’un voyou. Son amant est le mari de sa collègue et meilleure amie. Et pour couronner le tout, elle vient de se faire violer.

Nous sommes chez Philippe Djian, le romancier qui n’a pas peur de l’abracadabrantesque. En vingt romans, « le plus américain des écrivains français » a imaginé tous les pires scénarios possibles. Les familles déjantées, les amours explosives, les folies ordinaires, rien n’échappe au roi de la littérature de série B.

 

 

Sa première immersion dans un personnage féminin, Philippe Djian l’a choisie corsée. Michèle est une femme de caractère, entourée d’hommes qui en manquent. « Si forte et si fragile », elle ne pleurera presque pas devant les drames successifs qu’ Oh… lui fait subir.
Vicitme dans son enfance de l’opprobre infligée par les crimes de son père, elle s’est murée dans un rationalisme froid. Intraitable avec sa mère, terrible avec son fils, elle n’hésite pas à provoquer ses proches en public et à leur cacher l’essentiel. Et quand la nuit tombe sur sa solitude, elle se console à coups de gin-tonic. Est-ce pour compenser ce désert affectif qu’elle commence une relation sado-masochiste avec son violeur ? Toujours est-il qu’elle ne suffira pas à interrompre la spirale infernale de sexe et de mort, le tourbillon-catastrophe qui emporte le roman – et le lecteur avec.

 

Aussi pervertis soient-ils, les personnages de Oh… restent humains – impulsifs et faibles, pathétiques et touchants. Tiraillés entre la raison et la passion de vivre, ils s’aiment et se trahissent, se désirent et se blessent. Comme souvent chez Philippe Djian, modeste artisan de la langue et du drame, le scénario est compliqué et un peu excessif.  Mais il a au moins le mérite de bien manier l’ambiguité, et le storytelling. Très impregné des séries télévisées américaines, il leur emprunte ce goût de l’excès, et un art indéniable du rebondissement.

Il n’y a rien d’indispensable dans ses livres, si ce n'est le plaisir d’une histoire aussi invraisembable que la réalité.  C’est déjà pas mal, c’est parfois essentiel. Ramassé en trente jours autour de la période de Noël, Oh... est aussi la preuve, le soulagement – non négligeable – de voir que l’herbe n’est pas plus verte dans les familles des autres.





Photo : ©Salomé Kiner

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