Nos visages, mine d'or pour les espions

L'actualité numérique Mardi 03 juin 2014

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Nos visages, mine d'or pour les espions
On sait depuis longtemps maintenant que les espions de la NSA scrutent Internet et nos téléphones avec assiduité. Dernière nouveauté en date: ils s'intéressent tout particulièrement à nos visages. Souriez...

 

"Et ça continue, encore et encore. C'est que le début, d'accord, d'accord".

Francis a raison de le dire: une nouvelle, nouvelle, nouvelle fournée de scoops issue des documents qu’Edward Snowden a sortis sur son ancien employeur, la NSA, vient d'être livrée par le New York Times. Et ces dernières révélations sont annonciatrices d'une nouvelle ère. D'un âge d'or de la surveillance en somme, fondée sur la reconnaissance faciale.

Quoi ma gueule ?

Car les espions américains y croient dur comme fer à cette technologie qui permet d'identifier un individu à partir de clichés où il figure. Pour preuve: la NSA collecterait chaque jour des millions d’images, et ce depuis au moins 2010-2011, si l’on en croit les dates des documents examinés par le New York Times. Ces derniers sont une fois encore des PowerPoint tout pourris, mais non moins instructifs.

On y apprend par exemple que la NSA siphonne à peu près tout, partout -là encore, comme à son habitude. Des mails, des SMS, des messages échangés sur les réseaux sociaux, et même du blabla de visio-conférence, péchés dans les tuyaux du Net, ses câbles sous-marins et même au coeur des satellites. Le tout pour quoi ? Pour trouver... nos visages.

Oui, les espions aussi, sont fans de selfies. Sauf que ce n'est pas par amour du LOL ou de la drague -enfin, on espère. Quand la NSA récolte nos portraits, c'est en effet pour y appliquer des logiciels de reconnaissance faciale.

Il est temps de ressortir l'hymne non-officiel-que-nous-avons-choisi pour la NSA: "Coucouuuuu, je te voiiiis !"

Tous suspects

Pourquoi ? C’est toute la question. A en croire les documents de la NSA, amasser tout un tas d’images d’un suspect situé à différents endroits, à différents moments, permet de constituer une fiche beaucoup plus complète. De reconstituer son parcours, ses relations. Ce qui aide, “à mieux cibler”, peut-on lire dans les fameux documents, les suspects en question.

Encore faut-il savoir qui ils sont. Et c'est là que se pose, une nouvelle fois, l'un des problèmes posés par cette surveillance de masse: si nous sommes tous scrutés, sommes-nous donc tous suspects ?

C’est d’ailleurs la critique formulée par Glenn Greenwald, le journaliste qui a aidé Snowden à sortir ses documents, et qui était récemment de passage à Paris: collecter autant d’informations au nom de la lutte contre le terrorisme par exemple est non seulement complètement hypocrite, mais surtout totalement contreproductif. Puisqu’au lieu de se focaliser sur de véritables suspects, et potentiels terroristes, les yeux des espions s’attardent sur nous tous.

Du coup la question du pourquoi, pourquoi ce fichage massif, reste posée. Et est d’autant plus flippante que cette technologie de reconnaissance faciale est de plus en plus performante. Et fait rêver pas mal de monde.

Tout le monde vous regarde

Alors certes, le New York Times décrit quelques ratés dans les tentatives de la NSA pour identifier certains suspects, comme Ben Laden, que les logiciels confondaient avec à peu près chaque porteur de barbe... Mais cette technologie semble s'être affinée, d'autres documents montrant par exemple des clichés d'un même homme, avec ou sans barbe, dans des lieux différents.

Et s'il n'y avait que la NSA ! Le journal américain rappelle que le FBI investit aussi cette technologie, dans laquelle "gouvernement comme secteur privé investit des milliards de dollars", comme le note Jennifer Lynch, avocate et experte de la reconnaissance faciale pour l'Electronic Frontier Foundation (EFF) dans le New York Times.

Des publicitaires qui veulent voir votre réaction devant les produits dont ils vantent les mérites, aux géants du Net, tout le monde veut profiter des bénéfices de cette technologie qui s'introduit encore davantage dans votre intimité. Le New York Times précise par exemple qu'outre des logiciels développés en interne, la NSA s'appuie aussi... sur un programme made in Google.

Le selfie est une activité dangereuse. A pratiquer avec mdoération.

Google qui, avec ses fameuses Google Glass, pose d'ailleurs plus que jamais la question de la reconnaissance faciale. Alors bien sûr, le géant se défend de l'utiliser dans ces montures du futur... mais en réalité, il est toujours possible de l'activer: certains en ont d'ores et déjà faits des applications ! Et si Google les interdit pour le moment, jusqu'à quand cette mince barrière restera-t-elle en place ?

Et pour rappel, Facebook et Apple ne sont pas en reste: le premier permet de tagguer les images des utilisateurs depuis 2011, et il suffit de voir la vitesse avec laquelle un ordinateur de la marque du second détoure et trie l'ensemble des visages contenus dans une photothèque pour se rendre à l'évidence...

La reconnaissance faciale, toujours à l'état de néant juridique aux Etats-Unis, c'est vraiment la prochaine étape de la surveillance.

Et le plus beau dans tout ça, c’est qu’espions et entreprises n'ont même pas besoin de passer par des caméras de surveillance ou des satellites pour nous tirer le portrait. Vu qu’on est les premiers à s'adonner à cette drôle d'activité. Souriez :)

 

Andréa Fradin


Illustration: PaternitéPartage selon les Conditions Initiales Certains droits réservés par keriluamox

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