Nichons-nous dans la censure

Billet d'humeur Jeudi 26 juin 2014

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Nichons-nous dans la censure
C'est un sujet qu'on a déjà eu l'occasion d'aborder dans cette émission: la censure sur les Internet. Récemment, ce sont les réseaux Instagram et Facebook qui font jaser et qui soulèvent des mouvements de contestations originaux sur le Net.

Il y a deux catégories de censure. D'un côté il y a celle exercée par les gouvernements. De l'autre, la censure employée par les réseaux sociaux, un sujet particulièrement brûlant cette semaine.

Une histoire de bidou...

Récemment il y a eu l'affaire Babyccino kids sur Instagram. Tout a commencé quand une mère de famille, blogueuse et auteure du compte Babyccino donc, a publiée une photo très pipou de sa fille Marlow. Une photo sur laquelle la petite Marlow porte des bottes de pluie, une culotte, et un t-shirt qu'elle relève sur son ventre rond de petite fille.

 

Instagram a purement et simplement supprimé la photo, la jugeant inappropriée. Et je rappelle qu'on est bien en 2014, soit l'année où Rihanna a tout montré sur Internet et en Une des magazines, sauf peut-être les résultats de son dernier frottis. Et pourquoi pas ?

Mais 2014, c'est visiblement l'année où l'on juge que le ventre d'une petite fille de deux ans est indécent ce qui revient donc à la sexualiser. On peut noter tout de même que cette censure a suscité une levée de boucliers de parents qui ont du coup, publié des photos des ventres de leur progéniture en signe de solidarité.

... Et une histoire de boobs

C'est connu, Facebook et Instagram censurent de façon systématique les photos comprenant des seins, sauf quand les seins en question, sont en train d'allaiter (une dérogation toute fraiche qui date d'il y a quelques jours à peine).

Et c'est pour dénoncer cette censure et l'hypersexualisation du corps féminin qui la motive, que des associations et des blogueuses ont multiplié les manifestations virtuelles et IRL (traduction: in real life, "dans la vraie vie"). La dernière offensive du mouvement baptisé #freethenipple, c'est un soutien-gorge créé par la marque The Tata Top, pour déjouer et se moquer de cette censure.

Mais pas n'importe lequel. Il s'agit d'un soutien-gorge ou haut de maillot de bain de couleur chair baptisé breast bikini, avec deux tétons imprimés dessus.

 

Donc quand on le porte et qu'on est une femme, c'est comme si on était topless (sans haut). Quand on le porte et qu'on est un homme, c'est comme si on était Alex Hervaud bourré au Hellfest.

Sur Instagram, on trouve depuis 48 heures environ des centaines de photos de femmes affublées de ce drôle de maillot.Mais je suis obligée de préciser, tout de même, que tout le monde n'a pas bien compris le message. Voici par exemple ce qu'en pense le Parisien.fr :

Ce modèle aura un certain succès lors d'enterrement de vie de jeune fille ou de soirées thématiques.


 

Il y a beaucoup de choses à dire sur cette fine analyse: d'abord, ramener un objet de contestation à un gadget d'enterremement de vie de jeune fille, ça revient presque à dire que le drapeau mutlicolore LGBT apportera une note colorée dans votre salon. Ou encore que les bonnets rouges du mouvement anti-écotaxe, quand même, c'est pratique, ça tient chaud aux oreilles.

 

Ensuite, je ne comprends pas trop à quoi le journaliste fait référence lorsqu'il parle de "soirées thématiques" où il serait de bon ton de porter un soutif imprimé nichons. Mais quand même ça m'intéresse, alors si Ronan Tésorière, l'auteur de l'article, veut m'emmener à l'une de ces soirées thématiques, il peut contacter le Mouv' qui transmettra.

Bien sûr, on ne peut que saluer ces actes de rebellions. je suis personnellement contre toute censure et celle-ci en particulier. D'ailleurs, si je pouvais, je publierai derechef une photo de mes seins en guise de soutien. Mais, je crains l'émeute devant la Maison de la Radio, en tout humilité évidemment.

Quelques conseils à Mark Zuckerberg

En revanche,  je vais m'adresser à Mark Zuckerberg qui possède Facebook et Instagram, qui nous lit et nous écoute, je le sais. Mark, si vraiment, tu veux exercer une censure quelqu'elle soit sur les réseaux dont tu es le propriétaire, on peut s'arranger, j'ai quelques suggestions à te faire, ça restera entre nous.

Par exemple, Mark, si tu décides unilatéralement de censurer systématiquement toutes les photos de bouffe, tu auras tout mon soutien. Je fais évidemment référence à ces gens qui prennent leur assiette en photo et la publient avec le hashtag #foodporn.

D'abord, il y en a beaucoup trop. Ensuite, c'est déprimant et hyper culpabilisant. C'est-à-dire que ces gens postent des photos de leur dîner qui a l'air super bon et où les aliments sont aussi bien alignés et brillants que les cheveux de Laurent Delahousse.

 

Alors que dans ton assiette à toi, il y en a partout, ça déborde, c’est le bordel, bref... Ca ressemble à la coupe de Sébastien Follin.

 

Et enfin, Mark, ne sois pas radin... N'hésite pas non plus à censurer les clichés Instagram et les statuts Facebook de couple épanouis et nageant dans le bonheur et la cyprine. Parce que moi, mon chat et mon abonnement Free à 324 chaînes, on ne le vit pas trop bien.

 


 

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