Netflix connait bien votre genre

L'actualité numérique Mercredi 08 janvier 2014

Réécoute
Netflix connait bien votre genre
A deux doigts de débarquer en France, le site qui permet de mater films et séries par abonnement n’est pas un petit joueur. Pour coller au plus près des goûts des internautes, il a même mis au point une méthode qui dépasse l’entendement.

 

76 897. C’est le nombre de catégories utilisées par Netflix pour qualifier et trier tous les films qu’il a en stock. De “documentaire sentimental anti-système” à “Histoires sataniques étrangères des années 1980” en passant par "Thrillers romantiques indiens" (un extrait plus large ci-dessous), le site a mis sur pied une incroyable compilation de sous-genres cinématographiques créés selon une grammaire propre, et qui constituent à eux seuls un bestiaire sans précédent de l’industrie Hollywoodienne.

Extrait de la base de données de Netflix, telle qu'aspirée et disséquée par The Atlantic


La découverte, faite par The Atlantic dans le cadre d’une enquête passionnante sur Netflix, confine à de tels sommets de génie et d’absurdité que le site d'information américain en a fait un générateur, qui propose de faux genres, tels que "dessin animé politique sur des familles dysfonctionnelles" ou "thrillers violents sur les chats pour les 8-10 ans"

Reste la question fondamentale: pourquoi un site de vidéos à la demande a-t-il besoin de près de 77 000 sous-genres de films que même un fana de cinéma n’oserait utiliser pour classer sa DVDthèque ?

Télé 7 Jours aux hormones

La réponse tient au pouvoir de suggestion. Les sites de vente en ligne (mais pas que) utilisent depuis un bail des algorithmes de recommandation, les fameux “vous aimerez peut-être aussi” qui accompagnent désormais à coup sûr le moindre achat conclu sur Internet. Mais Netflix donne à ce système une toute nouvelle dimension.

“Ils ont payé des gens pour regarder et tagguer les films avec toute sorte de méta-données, raconte The Atlantic. Le processus est tellement sophistiqué et précis que les taggueurs ont reçu un document de 36 pages leur apprenant comment noter les films [...].”

Tout y passe: lieux, personnages, histoire, niveau d’hémoglobine déversée, taux de romantisme… Même la tonalité de la fin, happy ending ou tire-larmes, est étudiée ! Et c'est à partir de cette fine grille de notation qu'ont été formulés par la suite les dizaines de milliers de micro-genres Netflixiens.

Sorte de Télé 7 Jours aux hormones, Netflix n’a donc rien laissé au hasard pour coller le plus finement aux habitudes de ses abonnés. Leur proposer des contenus qui leur plairont de manière certaine. Il ne s’agit pas simplement ici de proposer du Stallone quand on apprécie les oeuvres de Bruce Willis. C’est en fait beaucoup plus subtil, comme l’indique Todd Yellin, l’inventeur de ce système qu’il a initialement désigné par “la théorie quantique de Netflix” -pour donner une idée de l’ampleur du bouzin.

Un amateur de films d’action ne va pas se voir proposer n’importe quel film d’action: s’il est un grand romantique dans l’âme -sans forcément le savoir-, il va se voir proposer des films d’actions plus romantiques que d’autres -sans forcément le savoir non plus:

Nous allons noter le niveau de romance d’un film. Nous n’allons pas vous dire à quel point ce film est romantique mais nous allons vous le recommander. Vous allez avoir un film d’action et il pourra avoiur plus ou moins de romance en fonction de ce que nous savons de vous.


 

Un avantage concurrentiel à en croire Netflix, qui a néanmoins un inconvénient que certains dénoncent : à l’instar d’autres sites, le service est en effet accusé de laisser l’internaute dans sa zone de confort, sans l’inciter à découvrir de nouveaux contenus qui sortiraient de son historique cinématographique.

Le bug Perry Mason

The Atlantic raconte également que Netflix pourrait bien avoir créé un monstre: après avoir aspiré et analysé la gigantesque base de données du site en matière de micro-genres cinématographiques, le site d'information s’est en effet rendu compte qu’un très grand nombre de catégories renvoyaient à un certain Raymond Burr. Soit l'interprète de Perry Mason. Qui occupe aussi la première place du classement des acteurs préférés des abonnés de Netflix, tel qu'élaboré par The Atlantic. Les algorithmes de Netflix auraient-ils développé une intelligence propre et un certain penchant pour la série américaine des années 50?

Perry n'est pas près de raccrocher avec Netflix.

Dans l’attente d’une réponse qui ne viendra peut-être jamais, il est une chose qui est certaine: Netflix n’est pas un petit joueur. Régulièrement accusé de boucher tout l’Internet en envoyant séries et films à ses quelques 40 millions d’utilisateurs répartis à travers le monde, aujourd’hui producteur de séries à succès tel que House of Cards, le site a les moyens de nous faire trembler.

Son arrivée en France, serpent de mer de ces dernières années, est désormais attendue à l’automne 2014. En décembre dernier, des représentants de Netflix ont été reçus à l’Elysée et la ministre de l’économie numérique Fleur Pellerin doit rencontrer le big boss du groupe, Reed Hastings, ces jours-ci, à l’occasion du grand salon high-tech de Las Vegas. C’est dire si ça se précise.

Et si les conditions sont loin d’être aisées pour Netflix, sa grosse ambition ainsi que l’artillerie lourde qu’il déploie pour l’accomplir seront à coup sûr un atout majeur pour attaquer le marché français.

 


 

Andréa Fradin

Toutes les chroniques Suivez le geek

> Abonnez vous aux podcasts : RSS et iTunes

Commentaires