Nelson Mandela à 20 ans

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Nelson Mandela à 20 ans
Comment Rolihlahla est-il devenu Nelson Mandela?

Il y quelque chose de fascinant dans les genèses. Comment naissent les œuvres ? D’où viennent les vocations ? 

La mort de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013, a fait pleuvoir les hommages et les rétrospectives.

 

« Héros mythique», « premier président noir sud-africain », « figure majeure du militantisme anti-apartheid », « prisonnier politique le plus célèbre au monde », « père de la nation arc-en-ciel » … Les qualificatifs et les superlatifs élogieux ne manquaient pas pour célébrer celui qui les rejetait tous en bloc : « Je ne suis pas un saint, même selon la définition du saint comme un pécheur qui ne cesse de faire des efforts. »


Pourtant, avant de gagner le respect et l’admiration de « l’écrasante majorité de l’humanité », telle qu’il se plaisait à la convoquer, Nelson Mandela a dû surmonter de nombreux obstacles, à commencer par ses propres limites. Le jeune homme que décrit la journaliste Solenn Honorine dans Nelson Mandela à vingt ans est encore très loin du leader politique héroïque qu’on célèbre aujourd’hui.

 

Une enfance traditionnelle

Lorsque Rolihlahla naît à Mvezo le 18 juillet 1918, le clivage raciale existe déjà, mais l’apartheid n’est encore qu’une vague menace. Son père, Gadla Henry Mphakanyiswa, est un chef traditionnel. Il assiste régulièrement aux débats de la cour royale et gardera ce  système une grande qualité d’écoute et un sens affuté de la démocratie.

Sa naissance lui donne une position sociale élevée. Il grandit avec une place d’honneur, et la conscience aigu de son rang. Mais c’est parce qu’il fait preuve de grandes capacités intellectuelles qu’il sera scolarisé : une première dans sa famille. Rebaptisé Nelson, il suit un cursus scolaire qui le destine à devenir conseiller du roi Thembu.

XOLILIZWE SIGCAWU, King of the Xhosa

Il aurait pu suivre cette voie toute tracée, devenir fonctionnaire ou interprète pour le gouvernement. Mais l’éducation éveille les consciences : au lycée d’Healdtown, puis à l’université, Nelson Mandela, jeune homme timide mais loyal, fait l’expérience du racisme et des inégalités.

 

Une rupture nécessaire

A l’époque où il commence ses études de droit, rappelle Solenn Honorine, les européens publient encore des études selon lesquelles « le crâne des noirs ne pouvait pas grandir suffisamment pour permettre le développement d’une réelle intelligence. »

Pourtant, à l’époque où il commence ses études de droit, Nelson Mandela n’a pas d’ambitions politiques particulières. Il aime la boxe et les danses de salon, il aime les femmes et les vêtements ; il aspire à devenir fonctionnaire et à servir les intérêts de son ethnie.

Lorsqu’il suspend cette vie « mondaine » pour retourner chez lui le temps des vacances d’été, il est subitement rattrapé par un terrible dilemme : le régent du village a arrangé pour lui un mariage.

Nelson Mandela, que ses études et ses fréquentations ont éveillé à une certaine idée de la liberté, est déchiré entre le respect de ses origines et l’appel de la modernité. Pour s’épargner ce destin peu enviable, il prend la fuite. Cette décision le plonge dans l’insécurité et la précarité – c’est un virage décisif dans la vie de cette future icône.

 

Le fuite à Johannesburg, le township d’Alexandra, les cours du soir, les premières réunions communistes, le début de l’apartheid, la misère financière et la rencontre avec son mentor, Walter Sisulu… Toutes ces étapes cruciales dans la formation de Nelson Mandela, Solenn Honorine les raconte avec fluidité, et ce sens de l’anecdote qui fait le sel des biographies.

En 15 courts chapitres, elle retrace dix années cruciales de la vie d’un héros en puissance. Une idée originale des éditions Au Diable Vauvert, et qui fera chaud au cœur des aspirants grands hommes : l’héroïsme et le génie ne sont pas l’apanage de la jeunesse.

 

 


 

photo de couverture : Salomé Kiner

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