Mon usine va fermer

2012, j'y étais Vendredi 08 novembre 2013

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Mon usine va fermer
Ils sont jeunes et combatifs. Portrait croisé d'un ouvrier de PSA d'Aulnay-sous-Bois et d'un métallo des Hauts-fourneaux de Florange. Documentaire récompensé ce jeudi 7 novembre aux Assises du Journalisme, à Metz.

 

Chaque année, le prix "Stop aux clichés sur les jeunes" récompense un reportage radio donnant la parole à la jeunesse en lui offrant un point de vue différent. Cette semaine, le jury, composé d'associations étudiantes ou lycéennes, a récompensé Gaele Joly, de la rédac' du Mouv'.


Nous vous proposons aujourd'hui de réécouter son travail, un portrait croisé d'ouvriers confrontés à la fermeture de leur usine.

 

Ahmed Berrazel venait d'avoir trente ans quand il a appris que son usine allait fermer. Et sur ces trente années, il en a passé douze chez PSA, à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. "C'est l'homme à abattre pour la direction", expliquait déjà, en 2010, l'un de ses collègues interviewé par l'Huma. Parce qu'Ahmed Berrazel ne se laisse pas faire. Militant CGT, il se bat pour l'emploi.

 

PSA annonce la fermeture prochaine de son usine d'Aulnay-sous-Bois © BFM-TV, juillet 2012

 

En octobre 2012, il a tenté d'exprimer sa colère au salon de l'automobile. Il a été repoussé par les gaz lacrymo. "La gauche est soi-disant du côté des ouvriers, mais on a eu la preuve du contraire : elle nous a envoyé les CRS. Même Sarkozy ne l'avait pas fait." Lui qui vient d'une famille ancrée à gauche se met évidemment en colère. "C'est la plus grosse boîte du département. Toute la Seine-Saint-Denis va être touchée."

 

Quand Le Mouv' l'a rencontré, une première fois, en plein été 2012, il pouvait encore espérer inverser la tendance. "Je sais que ce combat-là va être dur, mais je préfère me battre pour ne pas avoir de remords. Cette usine, je l'aime." Le gouvernement n'a rien fait pour lui. Le site francilien a produit sa toute dernière voiture un an plus tard, le 25 octobre 2013. Il fermera définitivement l'an prochain.

 

La direction d'ArcelorMittal annonce que les hauts-fourneaux de Florange ne redémarreront plus © TF1, 2012

 

Lionel Burriello, ex-ArcelorMittal Florange

 

Lionel Burriello, lui, s'inquiète de la montée du Front National dans sa Moselle déshéritée. "Mon père était socialiste, il ne l'est plus. Le monde ouvrier se sent exclu de la société française. On va vers une révolution, ça va nous tomber sur un coin de la gueule." Ce vote extrême, il ne le "comprend pas, mais c'est un état de fait".

 

Responsable de la section jeunes de la CGT d'ArcelorMittal à Florange, il était, lui aussi, devant le salon de l'automobile, en 2012, tentant de forcer les portes. "Les bagnoles qui sont exposées à l'intérieur sont fabriquées avec de l'acier lorrain. C'est une action très symbolique." 

 

Lorsqu'il a appris la fermeture définitive du site, en ce triste automne 2012, ses hauts-fourneaux étaient déjà à l'arrêt depuis quatorze mois. Mais il continuait la lutte, jusqu'au bout. "On est très attachés à notre outil de travail, comme un mineur pouvait être fier de sa tâche, aussi ingrate fût-elle." Il parle de valeurs qui vont disparaître, la solidarité, la camaraderie. "On transpirait mais on rigolait. Aujourd'hui c'est froid, c'est vide."

 

Reportage de Gaële Joly, mixé par Olivia Branger.

  • Tous nos articles sur PSA-Aulnay sont à retrouver par ici.
  • Le Mouv' s'est souvent intéressé au sort des employés d'ArcelorMittal à Florange. Quelques reportages sont à réécouter en cliquant par .

 

 

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