Maya Angelou

Les lectures Lundi 02 juin 2014

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Maya Angelou
Beaucoup en rêvaient. Quelques uns l’ont fait. Pour fuir le racisme d’Etat, les Afro-Américains tentent régulièrement, dès le début du XXème siècle, le retour en Afrique. Maya Angelou raconte cette expérience romanesque dans « Un retour en Afrique ».

Ils rêvaient de l'Afrique

En 1962, après un séjour au Caire et l’échec de sa relation avec l’activiste sud-africain Vusumzi Make, Maya Angelou a 33 ans et débarque à Accra. La capitale du Ghana, galvanisée par les idées progressistes du président Kwame Nkrumah, accueille une grande communauté d’afro-américains.


Moins d’un siècle après l’abolition de l’esclavage (le treizième amendement à la constitution des Etats-Unis entre en vigueur en 1865), ils reviennent sur le continent de leurs ancêtres dans l’espoir de connaître une vie délestée de l’oppression raciale et du harcèlement quotidien : « bien sûr, nous avions conscience d’être pour l’essentiel indésirables dans le pays où nous avions vu le jour, et nous fondions de grands espoirs sur le continent de nos ancêtres. »

Maya Angelou vise plutôt le Liberia. Mais l’hospitalisation de son fils Guy, gravement accidenté, l’oblige à s’installer sur place.
C’est donc le témoignage d’une femme prostrée qui ouvre Un billet d’avion pour l’Afrique, cinquième volume de ses mémoires. On lui préfère souvent Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage (1969), qui raconte sans pathos ni haine l’enfance d’une petite fille noire dans l’Amérique raciste et ségrégationniste. Ou Tant que je serai noire (1981) , ses années avec James Bladwin, Malcolm X et Martin Luther King dans le Harlem intellectuel des années 50’.

 

La grande illusion

Mais Un billet d’avion pour l’Afrique est une manière différente d’approcher la question noire-américaine et les luttes pour les droits civiques.

Née de la cuisse de l’esclavage, élevée aux injustices et aux humiliations, la diaspora blessée débarque sur la terre supposée de ses origines gorgée d’espoirs et de rêves. Mais l’Afrique est occupée à d’autres causes. Un peu partout en Afrique australe et orientale, des révolutionnaires combattent le colonialisme. Embarqué dans sa modernisation, le Ghana réfléchit à la détribalisation du pays. L’identité panafricaine vit ses premières heures dans l’euphorie et la fierté.

Avec le poète Langston Hughes

En plus du dépaysement géographique, la communauté afro-américaine doit d’abord affronter le choc des cultures. Les africains et les américains partagent la même couleur de peau, mais les similitudes s’arrêtent parfois là.

Même si le président leur ouvre grand les bras, Maya Angelou est déstabilisée par la relative indifférence que suscite sa communauté : « Pour la première fois, nous ne pouvions pas invoquer la discrimination raciale pour expliquer nos malheurs ou nos échecs. »

Quoi que : à plusieurs reprises, Maya Angelou, que trahissent son accent et ses manières racées, se fait « traiter » de noire-américaine. Mais il en faut plus pour décourager cette femme de caractère. Il en faut plus aussi pour ternir l’ « illusion africaine » de cette croqueuse de vie. A grand renfort de bières et de gin-gingembre, Maya Angelou va goûter à Accra aux plaisirs d’une vie mondaine sur fond de High-Life et de grandes causeries.

 

 

Elle raconte, pleine d’enthousiasme et de passion, les anecdotes qui émaillent sa vie quotidienne, son emploi d’assistante à l’université, ses rencontres avec les grands chefs locaux, et ses flirts, plutôt cocasses, décalage culturel oblige. C’est une femme engagée qui écrit – mais c’est une mère, une maîtresse, une aventurière et une conscience alerte qui parle.

 


Surtout, elle raconte avec la même franchise ses doutes et ses hésitations : « Comment admettre avoir la nostalgie d’une nation blanche si remplie de haine qu’elle acculait ses citoyens de couleur à la folie, à la mort ou à l’exil ? »

Deux ans après son arrivée, Maya Angelou quittera le Ghana pour rejoindre l’OAAU de Malcolm X. A défaut d’y rester, elle en fera un livre. Un billet d’avion pour l’Afrique vaut plus qu’une immigration réussie.

 

 


 

Photo : Salomé Kiner

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