Martin Parr, un touriste à Paris

La Pop au carré Jeudi 03 avril 2014

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Martin Parr, un touriste à Paris
Après Cartier-Bresson ou Klein, la Maison Européenne de la Photographie, à Paris, a demandé à Martin Parr de livrer sa vision de notre capitale. Le photographe britannique a choisi de s'immerger au milieu des touristes, entre smartphones et boutiques de souvenirs.

 

Joe sort du Louvre. On lui tend la photo de Martin Parr (ci-dessus) qui sert d'affiche à l'expo de la Maison européenne de la photographie : des touristes agglutinés devant la Joconde et qui tendent tous leurs smartphones pour tenter d'en conserver un cliché flou sur carte SD. "C'est exactement ce que je viens de vivre : on était tous en train de la prendre en photo. Certains ne viennent au Louvre que pour la Joconde. Mais c'est normal, il faut l'avoir vue."

Gilbert, qui tient une boutique de souvenirs à deux pas, observe, amusé, cette autre oeuvre de Parr : un présentoir de mini-tours Eiffel colorées. "C'est sympa qu'il ait fait ça. Ca ne m'étonne pas : ça fait partie du décor ambiant. Mais ça reste un univers de touristes, ce n'est pas représentatif de Paris."

 

Paris, 2012 © Martin Parr/Magnum Photos/Galerie Kamel Mennour


Certes, mais c'est justement toute l'ambition de Martin Parr : décrire ce tourisme qui envahit la ville. Une file d'attente devant Notre-Dame, une sieste à Paris-Plage, un détour par le Salon de l'agriculture, un couple allongé dans l'herbe, somnolant au soleil, comme Guillaume, croisé au jardin des Tuileries. "Je ne sais pas si quelqu'un allongé dans l'herbe peut suffire à représenter la capitale, mais ça change de l'image de la ville stressée."

 

Paris, festival en plein air, 1999 © Martin Parr/Magnum Photos/Galerie Kamel Mennour


Au fond, Paris ne serait qu'un prétexte pour l'artiste. Laurie Hurwitz, responsable des expositions à la MEP, lui a laissé carte blanche : "Il propose un mélange de stéréotypes sur la France et de points de vue plus fins, parfois même poétiques." Lorsqu'il immortalise les galeries d'un musée remplies de touristes-photographes, elle y voit un certain cynisme : "Il montre tous ces gens qui ne voient même plus l'oeuvre qu'ils croient regarder, parce qu'elle est cachée par les écrans de leurs smartphones."

 

Paris, Notre Dame, 2012 © Martin Parr/Magnum Photos/Galerie Kamel Mennour

 

Et nous, face à ces photos de touristes, nous retrouvons projetés dans une mise en abyme amusante. Mais l'ensemble peut laisser sur sa faim. Eugénie, longtemps Parisienne et venue visiter l'expo, repart déçue : "Le Parisien lambda ne vit pas tellement ça. Martin Parr aurait pu s'aventurer davantage dans des quartiers moins fréquentés ou plus variés culturellement."

Une prière de rue, ou un chien photographié derrière un comptoir, laisse entrevoir un autre Paris, plus authentique, mais l'artiste ne creuse pas cet aspect. Il colle à son angle et livre un travail abouti, cadré, sur cette capitale vue de l'extérieur. "Je ne veux pas être une touriste comme ceux-là", conclut Marianne, visiteuse belge amusée au contraire par l'exercice.

 

Paris, de Martin Parr, c'est jusqu'au 25 mai à la Maison européenne de la photographie, à Paris. Toutes les infos sur le site de la MEP. Cliquez ici.

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Photo de couverture : Paris, Le Louvre, 2012 © Martin Parr/Magnum Photos/Galerie Kamel Mennour

Reportage et mise en page : Augustin Arrivé

 

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