Maroc : les migrants des bois rêvent d'Europe

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 05 mars 2014

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Maroc : cachés dans les bois, des migrants rêvent d'Europe
Ils seraient des dizaines de milliers, venus d'Afrique subsaharienne, dans l'espoir de rejoindre l'autre rive. Une partie d'entre eux vivent cachés dans les bois, à quelques encablures de la frontière espagnole. Pour certains d'entre eux, cette vie de clandestinité dure depuis des années.

Ils viennent du Cameroun, du Congo, du Mali. Ils rêvent d'un avenir meilleur, de travail, de confort. En attendant, ils campent, dans des conditions précaires, engagés dans un jeu perpétuel du chat et de la souris avec la police marocaine. Il y a deux jours, 300 d'entre eux ont tenté de passer les grillages de l'enclave de Melilla, territoire espagnol sur le sol marocain. Peine perdue.

Quand la police brûle notre campement, on s'installe un peu plus loin, jusqu'à ce qu'elle nous déloge de nouveau, raconte Moussa. On va toujours de forêt en forêt. Nous sommes rejetés, pour notre nationalité, notre couleur de peau, notre religion. Le bus ne s'arrête pas quand on lui fait signe. On est obligé de supplier un marocain pour qu'il l'interpelle à notre place.


Tente de fortune © Nabila El Hadad
   

Moussa est arrivé du Cameroun il y a quatre ans. Comme lui, ils sont une centaine à vivre en forêt la peur au ventre, sans argent ni permis de travail. Installés à une dizaine de km de Nador, dans le nord du Maroc, ils attendent le moment propice pour tenter de passer à Melilla, l'une des deux seules frontières terrestres avec Ceuta qui séparent l'Afrique de l'Europe.

Nador / Melilla : 16 km à pied © Google Maps
  

S'ils sont si nombreux à tenter leur chance, c'est par obligation. "Au pays j'étais commerçant, mais pendant la guerre, mes revenus sont tombés à zéro, confie un ivoirien. Notre souhait est d'aller de l'avant. On ne peut pas revenir en arrière."

Tuer l'ennui © Nabila El Hadad
 

Ils tiennent le coup gràce à l'aide de l'Eglise catholique et de l'épicier du coin, qui leur transmet discrètement des vivres. Pour certains, en transit depuis des années, le Maroc est devenu le terminus :

Je veux avoir des papiers, je veux rester ici au Maroc, explique une mère de famille. Mais je ne sais pas si les gens vont m'aider, car je n'ai pas encore les moyens de sortir pour aller en ville faire les démarches.


Chauffage d'appoint © Nabila El Hadad
 

Mal informés, les migrants de la forêt ne connaissent pas leurs droits et ne savent pas à qui s'adresser. Et la sictuation ne risque pas de s'arranger : la plupart n'osent pas quitter les bois de peur d'être arretés et éloignés encore un peu plus de leur famille.

Reportage, photos : Nabila El Hadad. Mise en page : Sébastien Sabiron

Photo d'illustration : cc Flickr par webbetravel

 


 

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