Lisbonne #2 : street art contre guerre des gangs

Mouv'In Europe (2014-2015) Mardi 11 août 2015

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Lisbonne #2 : graff et théâtre contre guerre des gangs
Au nord de Lisbonne, les quartiers Quinta do Mocho et Quinta da Fonte se livrent une violente guerre de territoire. Lancé en 2009, un projet mêlant théâtre et arts muraux tente de rapprocher les jeunes des deux quartiers. Et le résultat dépasse toutes les espérances.

Palmiers mis à part, c'est une banlieue comme beaucoup d'autres. Des bâtiments bas, défraîchis, qui semblent coulés dans le même moule. Au bas des immeubles, des enfants et des jeunes trompent l'ennui comme ils peuvent. A une demi-heure du centre de Lisbonne, le Quinta do Mocho a longtemps vécu renfermé sur lui même.

Dans le Quinta do Mocho © Sébastien Sabiron

 

 

 

 

 

Venus d'Angola, du Cap Vert ou de Guinée Bissao (anciennes colonies portugaises), les habitants du quartier en sortent peu. En 1998, l'Exposition Universelle détruit leur ancienne cité HLM.

Des bidonvilles se créent, jusqu'à ce que deux nouveaux quartiers sortent de terre : le Quinta do Mocho et le Quinta da Fonte, à moins d'un kilomètre l'un de l'autre.


 

 


Très vite, des rivalités apparaissent entre les deux quartiers. Les gangs s'affrontent sur fond de trafic de drogue et tentent de grappiller un peu de territoire à leurs rivaux. La Police ne s'y aventure pas. Dans cet univers en vase clos, quelques bénévoles tentent de pacifier l'atmosphère.

Architecte et enseignant à l'université de Lisbonne, Antonio Lima passe le plus clair de son temps libre dans cette banlieue oubliée.

Avec le temps, l'origine de cette guerre des gangs a été complètement oubliée. Mais celà n'empêche pas les plus jeunes de la perpétrer. On a cherché une manière de faire comprendre à ces jeunes qu'ils se ressemblent. Ils viennent des mêmes pays d'Afrique, ils rencontrent les mêmes problèmes. Il n'y a pas de raison pour qu'ils se fassent la guerre.


 

Antonio Lima (à gauche) © Luís Guita


La réponse viendra du Théâtre Ibisco. Lancés en 2009 et soutenus par la commune de Loures, ces ateliers accueillent des enfants et des ados des deux quartiers. A travers le jeu, ils apprivoisent leurs différences, apprennent la rigueur, l'abstraction.

L'initiative est couronnée de succès. Des amitiés se créent entre les jeunes et les parents des deux quartiers, qui se rencontrent à l'occasion des représentations.

Répétition au théâtre Ibisco © Sébastien Sabiron


En 2013, les bénévoles décident d'organiser un festival pour célébrer ce rapprochement. Mais avant la première édition de O Bairro i o Mundo (jeu de mot entre "quartier immonde" et "quartier du monde"), ils décident, en accord avec les habitants, de toiletter un peu les quartiers.

Dans le Quinta do Mocho © Sébastien Sabiron


Ils font appel à des street artistes locaux et internationaux et leur donnent carte blanche. Le cahier des charges est simple : redonner des couleurs aux façades, pour faire des deux quartiers des galeries à ciel ouvert. 

Dans le Quinta do Mocho © Sébastien Sabiron


Et les habitants croisés dans les rues semblent apprécier, à l'image d'Yvan, un jeune homme de 26 ans.

Désormais, des gens du centre-ville viennent chez nous pour admirer les œuvres. C'est très positif pour les habitants. Car notre quartier n'est pas différent d'un autre. Pas plus, pas moins dangereux qu'un autre.


 

Yvan (à gauche) et ses thugs © Sébastien Sabiron


Une habitante du Quinta do Mocho nous confie que son quartier est moins vandalisé depuis que les œuvres sont apparues. Elles sont appelées à être renouvelées régulièrement. Le festival a également permis de construire un skate park, une salle de sport et un studio d'enregistrement en accès libre pour les jeunes.

 


 

Reportage, photos : Sébastien Sabiron 
Retrouvez ici notre road-tweet à Lisbonne

Balade en images dans les quartiers

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