Lisbonne #1 : génération 500 euros

Mouv'In Europe (2014-2015) Lundi 10 août 2015

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Lisbonne #1 : génération 500 euros
Cet été, Mouv' vous emmène à la rencontre des jeunes européens. Au Portugal, un tiers des moins de 25 ans est au chômage. Les autres enchaînent les petits boulots, souvent empêtrés dans le système des "reçus verts". Un statut unique en Europe, qui encourage la précarité.

Au Portugal, ne dites plus "précaires", dites "reçus verts". En portugais dans le texte, le système des "recibos verdes" a été mis en place en 1978 par le gouvernement socialiste de l'époque. A l'origine destiné aux professions libérales, ces coupons permettent aux professionnels de facturer leurs services.

"Reçus verts, futur noir" / DR
 

Sauf qu'avec la crise, ce système s'est répandu à l'ensemble du marché du travail. Plutôt que de signer un CDD ou un CDI, de nombreuses entreprise exigent un reçu vert de la part du salarié. Avantage pour l'employeur : aucune cotisation patronale à verser.

A l'inverse, le travailleur doit cotiser pour sa sécurité sociale et ses droits à la retraite. En moyenne, son salaire est amputé de 40 %, pour des droits quasi inexistants : pas d'allocations chômage, pas de congés payés, pas d'indemnités pendant un arrêt maladie. Cerise sur le gâteau : le travailleur peut se faire licencier à tout moment.

 

"Un système injuste"

Comédienne, Carla Bolito a très vite perçu les effets de la crise : moins de tournages, moins de projets au théâtre et des subventions réduites comme peau de chagrin. Parallèlement, le système des reçus verts est devenu la norme dans le monde du spectacle :

Avec les reçus verts, on verse 38% de nos salaires à l'Etat. Et ça, c'est quand on a la chance de travailler. Le reste du temps, on ne touche rien. C'est un système injuste. Aujourd'hui, la plupart des jeunes comédiens jouent gratuitement. Ils sont serveurs où travaillent dans des centres d'appel. Pour ma part, j'ai dû vendre ma maison. 



 

Carla Bolito © Sébastien Sabiron


Créé en 2011, le collectif des Précaires Inflexibles défend cette génération de jeunes travailleurs vivant avec 500 euros par mois. Une génération qui peine à quitter le cocon familial, faute de pouvoir se payer un logement. 

Mobilisation contre les reçus verts, Lisbonne 2011 / CC Flickr ILC_recolhas


En 2013, les Précaires Inflexibles ont réuni 40 000 signatures leur permettant de présenter une loi au parlement contre les CDI déguisés en reçus verts. La proposition de loi a été acceptée. Une première victoire modeste, dans un pays ou le chômage des jeunes dépasse encore les 33%.

 


Reportage, images d'illustration : Sébastien Sabiron 

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