Les sportifs sont-ils tous hétéros ?

le Reportage de la Rédaction Lundi 10 février 2014

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Les sportifs sont-ils tous hétéros ?
L'homophobie reste, en 2014, un grand tabou du sport français. A part Amélie Mauresmo, aucune star du sport tricolore ne s'est jamais affirmée lesbienne ou gay. Et dans les clubs amateurs, les brimades et la violence font des ravages.

 

"L'homophobie n'a pas sa place dans le sport." Le manifeste lancé par l'association SOS Homophobie est clair, précis, signé par des dizaines de personnalités françaises, anciens ministres de droite (Chantal Jouanno) ou de gauche (Marie-Georges Buffet) ou athlètes de diverses disciplines (notamment une bonne part de l'équipe de France de natation). Initiative rare et donc précieuse dans un milieu sportif qui préfère souvent garder le silence.

"Il n'y a aucun coupable, mais beaucoup de responsables." Eric Verdier, psychologue, co-auteur du livre Homosexualité et suicide (chez H&O Editions) s'occupe du pôle discriminations à la Ligue française pour la santé mentale. "L'homophobie vient du public, des camarades de club mais aussi des instances elles-mêmes : les entraîneurs et les sportifs de haut-niveau. Tant qu'il n'y aura pas de réaction de la part de ceux qui portent ces institutions, rien ne changera."

 

"La phrase à ne jamais dire à David Douillet ? T'es une tapette." Le judoka, hilare (à 0'44) © Canal+

 

Ce qui ne changera pas, c'est la bêtise et la violence des uns, et le mal-être des autres. "Je n'ai jamais subi d'attaques directes", explique Alain Nottelet. Il faisait partie des fondateurs, en 1993, du Niji-Kan karate do, club "gay, lesbien et hétéro friendly" de Paris. "J'avais eu de brêves expériences dans d'autres clubs, et je cherchais un endroit où je me sente plus à l'aise. On entend des choses blessantes, des mots sont dits, et ceux qui les prononcent ne pensent pas toujours être homophobes, mais à force de les entendre ça devient problématique."

 

Alain et Nina, membres du club Niji-Kan Karaté Do depuis respectivement 20 et 30 ans

 

Les mêmes problèmes demeurent. Nina est adhérente depuis trois ans, après avoir pratiqué le karaté dans des structures plus classiques. Elle raconte les "regards inquisiteurs", le "poids" des préjugés. "On se changeait dans les mêmes vestiaires et ça en dérangeait certains." Ici, elle se sent à l'aise, à l'abri des jugements. Elle regrette que les stars du sport ne s'engagent pas davantage pour faire bouger les mentalités. "La frilosité des sponsors", selon elle, "qui ont peur de perdre des clients".

 

De fait, aujourd'hui, si on observe l'éventail des sports les plus médiatiques, une impression étrange se dégage : il semblerait qu'aucun sportif français ne soit homosexuel. Ou plutôt si : il en existe une seule, Amélie Mauresmo. La tenniswoman a rendu public son histoire d'amour en 1999 en plein open d'Australie, premier tournoi du grand shelem dans lequel elle atteignait la finale. Son adversaire, la Suissesse Martina Hingis, l'avait alors qualifiée de demi-homme :

 

Finale de l'open d'Australie 1999 Hingis/Mauresmo sur fond d'attaque homophobe © INA

 

"Le milieu sportif vit dans le déni", estime Eric Verdier. "On n'y parle pas d'homophobie. Quand on en est victime, on ne trouve que des moqueries ou des gens qui répondent seulement "allez, ressaisis-toi", et ça contribue à ce que ce soit vécu comme une humiliation. Ca s'appelle l'homophobie et c'est important de le dire parce que c'est inacceptable." Avec la Région Bretagne, il est en train de mettre en place un programme de sensibilisation auprès des étudiants en sections sportives. "On leur apprend, via des jeux de rôles ou du théâtre notamment, à repérer des jeunes ou des adultes en souffrance, et à intervenir auprès d'eux avant que ça tourne au drame."

 

D'après un rapport de l'Association Le Refuge transmis au Sénat au printemps dernier, 30% des homosexuels de moins de 25 ans ont déjà tenté de se suicider. Un travail de long terme au sein des structures sportives est plus que jamais nécessaire.

 

L'homophobie sévit aussi aux J.O. de Sotchi. Cliquez .

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Photo de couverture : David Douillet / Cc FlickR Conseil général des Yvelines

Reportage, photo karaté et mise en page : © Augustin Arrivé

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