Les robots sont parmi nous (et ils nous mentent !)

L'actualité numérique Mardi 17 décembre 2013

Réécoute
Les robots nous mentent
Et si nous parlions tous les jours sans le savoir à des robots ? Un scénario qui fait froid dans le dos, mais qui pourrait bien être vrai, si l'on en croit l'étrange aventure d'un journaliste du Time.

 

C'est un coup de fil certes un brin pénible, mais d'une affligeante banalité. Il y a quelques jours, un journaliste du magazine américain Time raconte avoir reçu un appel sur son portable d'une jeune femme, une certaine Samantha West, qui voulait des informations sur sa couverture médicale. En clair: elle voulait lui vendre une assurance.

Mais malgré la voix "claire et engageante" de son interlocutrice, le rédacteur explique avoir eu comme un doute. Face aux questions et aux réponses parfaites de cette chère Samantha, une espèce de réflexe venu du fond des âges de l’Homme l’a saisi. Et lui a fait dire que la personne à laquelle il répondait ne pouvait pas être humaine.

Une confusion qui n'arrive pas tous les jours et qui colle d’autant plus les miquettes à l'écoute de la conversation entre le reporter et la mystérieuse femme-machine. Quand ce dernier lui demande "êtes-vous un robot?", voilà en effet la réaction de Samantha :

 

 

Traduction:

Haha! Quoi? Mais non ! Je suis une vraie personne! Peut-être qu’on a une mauvaise connexion et j’en suis vraiment désolée!


 

"Je suis une vraie personne, LOL !"

En clair: en plus d'être définitivement parmi nous, et de rire de manière tout à fait dérangeante, les robots nous mentent ! Et vont même jusqu'à se payer nos têtes. Non contente de se faire passer pour une humaine, Samantha fait aussi le coup du “je passe dans un tunnel, je t’entends mal !”  pour s'en sortir. Probablement contraire à tous les principes éthiques formulés et pensé par la SF pour la robotique.

Reste à savoir néanmoins s'il s'agit bien là d'un robot: si le rythme de ses réponses le laisse penser, difficile d'être sûr à 100% en effet que Samantha est bel et bien une machine. Personne n'a en effet voulu le confirmer aux journalistes du Time qui ont harcelé le numéro d’où appelait cette fameuse jeune femme.

Un gentil robot

Ils ont pourtant tout essayé. Ils ont diffusé le numéro d'appel aux lecteurs afin de multipler les interactions entre les humains et la machine (n'essayez pas, ça marche plus). Ils ont aussi tenté de la piéger à de nombreuses reprises, en lui demandant par exemple quel jour on était hier. Mais cette dernière a toujours réussi à s’en sortir par des feintes, en prétextant une mauvaise connexion ou une incompréhension.

Finalement, les journalistes ont réussi à savoir quelle entreprise se cachait derrière Samantha : après une conversation avec elle, l'un d'entre eux a en effet réussi à basculer sur un véritable humain. Ce dernier a indiqué que l'appel était en provenance d'une boîte de Floride, "Premier Health Plans Inc.". Mais quand le Time a demandé à cette société si oui ou non elle appelait automatiquement des numéros avec un robot, rebelote : la réponse a été un “non” sec suivi d’un téléphone raccroché tout aussi promptement.

Pour avoir le fin mot de l'histoire, des confrères du Times du côté du site The Atlantic ont donc poursuivi l’investigation. Ils se sont demandés quelle genre d’entreprise aujourd’hui pourrait être capable de programmer un robot comme Samantha.

Résultat : la réponse est loin d’être simple parce que cette dernière n'est pas une machine comme les autres. The Atlantic explique qu'on est en effet bien loin des programmes automatiques dits "IVR" (pour "Interactive voice response", serveur vocal interactif), machines infernales qui se lancent dès qu'on appelle tel ou tel service clientèle, et qui nous font hurler trente fois d'affilée:

Parler à un conseiller ! Parler à un conseiller ! CONSEILLER !


 

Quitte à nous faire passer pour de parfaits idiots. 

Samantha n'existe pas...

Samantha serait donc la Rolls Royce de ce genre de serveurs vocaux automatiques. Tellement perfectionnée qu'en réalité, il y a de forte chance qu'elle n'existe pas. Comprenez par là qu'aucun programme ne soit capable d'assurer ce niveau de conversation. C'est en tout cas ce qu'assurent les fabricants de ce genre de logiciels, interrogés par The Atlantic.

 

A les en croire, un seul scénario peut expliquer l'origine de Samantha: une intelligence humaine couplée à des réponses pré-enregistrées. En clair: quand elle vous appelle, un véritable individu en chair et en os est à l'autre bout du fil. Sauf qu'au lieu de répondre directement, il appuie sur des touches qui lancent les enregistrements de cette voix "claire et engageante" censée appartenir à Samantha.

"POURQUOI ?", demande en capitale The Atlantic. Et d'avancer :

Eh bien, tandis que les Américains acceptent de recevoir un service clientèle et une assistance technique de personnes sans accent américain, ils ne prennent pas très bien les appels télémarketing de non-Américains. Les taux de réponse au marketing sortant en provenance de centres d'appel sont apparemment abyssaux. Donc, Samantha West pourrait [en] constituer l'étrange solution [...]


 

Depuis cette enquête concertée, le numéro d'appel de Samantha sonne systématiquement occupé. Quant au site Internet de la société identifié par le Time, il a carrément été mis hors ligne.

De deux choses l'une : soit il s'agissait de pratiques pour le moins "étranges", comme le souligne The Atlantic, soit des robots ont mené dans le plus grand secret une expérimentation à grande échelle sur le territoire américain. Et ont tout débranché une fois le pot aux roses découvert.

Faites donc attention à qui vous appelle. Il se pourrait bien que ce soit un robot... persuadé d'être un humain -qui a dit "parano"?

Et si Samantha West était le premier Terminator?

 

 

PS: pendant ce temps là, dans le monde des robots, sachez aussi que Google vient tout juste de racheter une boîte qui fait des machines autonomes de guerre, façon Skynet. Et que des scientifiques ont généré des "sperm-bots". Oui, du cyber-sperme. On voulait juste finir de vous faire peur.

 

Andréa Fradin

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