Les pro-IVG, l'autre mobilisation

le Reportage de la Rédaction Lundi 03 février 2014

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Les pro-IVG, l'autre mobilisation
Pendant que les survivants de la Manif' pour Tous défilaient à Paris, une autre mobilisation d'ampleur avait lieu ce week-end. Elle défendait les droits des femmes espagnoles, mis en danger par un projet de loi anti-avortement.

 

Deux discours, radicalement différents, envahissaient les rues ce week-end. D'un côté, à Paris, des dizaines de milliers de militants ressuscitaient la Manif' pour tous, opposés comme l'an dernier à l'ouverture de nouveaux droits (en l'occurrence, la GPA et la PMA pour les couples homosexuels). Pendant ce temps, à Madrid, autant de citoyens en colère défilaient pour sauvegarder un droit que le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy tente de faire disparaître : le droit à l'avortement.

Des dizaines de milliers d'Espagnols mobilisés samedi à Madrid © Mathieu de Taillac, Radio France

 

Le texte de loi sera étudié par le Parlement espagnol dans les prochaines semaines. Il prévoit un retour aux règlementations de 1985, quand l'IVG n'était permise qu'aux victimes de viol et aux malades pour qui la grossesse représentaient un danger de mort. Voilà qui est pour le moins restrictif.

 

Marisa Ripolles avait déjà manifesté à l'époque pour obtenir ce même droit. Aujourd'hui, elle a 74 ans, et c'est clairement pour elle un retour en arrière. "On pensait que c'était un acquis définitif, mais ici, il faut toujours manifester, parce que la droite au pouvoir a le renfort de l'Eglise. Ceci dit, je ne pense pas que la loi passera." Les élus de la majorité sont divisés, et plus de 70% de la population rejette le projet.

 

"On ne peut pas légiférer contre les femmes", estime Diego Fernandez, médecin clinicien madrilène. "Je suis prêt à prendre le risque d'aller en prison pour éviter que des femmes aient à avorter dans la clandestinité sans garantie sanitaire ou légale dans des conditions tiers-mondistes."

 

Leur combat trouve un écho dans toute l'Europe. Caroline de Haas, fondatrice de l'association Osez le féminisme, défilait samedi à Paris, comme des milliers d'autres inquiets. "Les droits des femmes sont récents, que ce soit en France ou en Espagne. Ils sont donc fragiles. Et comme la représentation des femmes à l'Assemblée est minoritaire, il est difficile pour elles de se faire entendre. Ce projet le prouve encore." Il est d'autant plus compliqué de lutter contre les anti-IVG, qui usent parfois d'une propagande honteuse (nous en avions parlé ici).

 

 

Pour éviter de devoir avorter à coup de cintres, les femmes espagnoles risquent d'opter pour l'émigration, et l'étrange notion de "tourisme avortif" pourrait réapparaître. "80% des cas actuels d'avortement deviendront illégaux", d'après Marisa Soleto. Elle est la porte-parole de Nosotras Decidimos, le collectif qui fédère les opposants au projet. "C'est une question sanitaire majeure pour notre pays."

 

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Les questions d'avortement sont au coeur de propagandes éhontées. Enquête du Mouv' en cliquant .

 


Photo de couverture : Cc FlickR Gaelx

Reportage : Mathieu de Taillac

Mise en page : Augustin Arrivé

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