Les mots à bannir

Rien à voir Jeudi 20 novembre 2014

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Les mots à bannir
Oxford a choisi son mot de l'année, le Time a fait voter pour le mot à bannir. Voici les expressions et termes à supprimer définitivement de notre quotidien.

Deux grosses actus sur le terrain de la sémantique cette semaine.

La vapote au top

D'abord, le très sérieux institut Oxford Dictionaries vient de livrer son mot de 2014, le mot censé symboliser l'année. Et c'est le terme "vapoter" qui a été choisi. "Vape" en anglais. Le terme désigne à la fois l'objet, la cigarette electronique ou e-cig, mais aussi le fait de s'en servir.

On peut aussi envisager que cela recouvre le fait d'avoir l'air un peu con à tirer sur un port USB qui clignote et dont s'échappe un léger grésillement et une odeur qui ne sont pas sans rappeler la cuisson des gnocchis à poêler.

 

Par ailleurs, je ne voudrais pas avoir l'air de tout ramener à moi, vous savez que ça n'est pas mon genre. Mais j'ai, en toute humilité, tendance à penser que les experts d'Oxford Dictionaries ont, avec ce choix, voulu me faire une petite dédicace, rapport au fait que moi aussi je vapote en 2014. Franchement, merci les gars ça fait plaisir. Seriously, thank you guys, all the single ladies.

Je rappelle également que l'an dernier c'est le mot "selfie" qui a été choisi et avant ça, en 2012, le mot "gif". Les auteurs se fondant généralement sur les termes les plus utilisés par les anglo-saxons pour désigner ce fameux mot, je voudrais pas vous affoler, mais à ce rythme là, il y a de grandes chances pour que le mot de 2015 ce soit "Taylor Swift".

Le féminisme et Beyoncé

Deuxième grande nouvelle du petit monde du vocabulaire. Comme tous les ans, le prestigieux magazine Time a organisé un vote et propose à ses lecteurs de déterminer les mots à bannir de notre vocabulaire en 2015. Parmi la liste de mots proposés par le magazine, on trouvait notamment le mot "kale", qui désigne une sorte de chou frisé très à la mode et très très dégueulasse, ou encore les mot "disrupt" ou "bossy" que je ne traduirai pas pour raisons personnelles.

Mais surtout, Time a proposé dans sa liste le mot "féminisme". Katy Steinmetz, la journaliste auteur du sondage justifiait son choix avec cette phrase:

Vous n’avez rien contre le féminisme, mais depuis quand n’importe quelle célébrité doit se prononcer au sujet de ce mot, comme si elles étaient des politiques en train de lancer un parti ? Restons concentrés sur les vrais problèmes.


 

Autrement dit, cette femme s'en prend à deux sujets majeurs: le féminisme et Beyoncé. Katy Steinmetz, je vais te traquer et je vais te trouver.

Depuis, le Time a eu un éclair de lucidité et s'est rendu compte qu'avec cette proposition, c'est le féminisme tout entier qu'il diabolisait et des excuses ont été publiées. Précisons également, que c'est bien le mot féminisme qui a été élu comme le mot le plus pourri, une victoire largement aidée par 4chan, qui comme on le sait, ne sont pas les derniers pour troller les femmes.

Le débat est a priori clos mais ça pose tout de même une vraie question: pourquoi la France ne fait-elle pas le même type de concours ? Notre presse magazine à nous nous gratifie régulièrement de classement du type "le palmarès de l'immobilier en Ile-de-France" ou encore "les meilleurs hopitaux où se faire soigner", ce qui est très pratique quand tu es sous chimio mais assez peu divertissant.

D'autant que la langue française de 2014, avec ses néologismes, ses anglicismes et ses mots-valise, comporte elle aussi deux trois mots dont on a que trop usé et abusé et dont on peut faire la liste ici ce matin.

 

La liste des mots interdits

  • Génie

Par exemple, je crois que c'est bon, on peut arrêter d'utiliser le "mot" génie pour tout et n'importe quoi. Notamment a chaque fois qu'on tweete la vidéo d'un mec qui a reproduit une scène de Star Wars en Lego. Vous verrez qu'un jour, un mec va trouver de la vie sur Mars et qu'on va complètement sous-réagir à force d'en avoir fait des caisses pour une reprise de Beyoncé à la flûte de pan.

  • Foodista, recessionista, jegging

Je propose également d'éradiquer tout simplement de la surface de la terre les gens qui utilisent les mots "foodista", "recessionista" ou "jegging". D'autant qu'il y a dejà des mots qui font tout a fait le job: une foodista est une meuf qui a des tickets resto à 9 euros et Instagram, une recessionista est une cliente H&M. Et un jegging, c'est un bas de survet.

  • Locavore

Puisqu'on en est à la bouffe, je voudrais aussi que cesse immédiatement l'utilisation du terme "locavore". Officiellement, ça désigne ces gens qui mangent local, près de chez eux, et qui auraient ainsi une alimentation saine et respectueuse de la nature. En vrai, ça ne veut rien dire. Personnellement, j'habite dans le quartier de Stalingrad à Paris, où manger local consiste à commander un bucket de poulet chez KFC.

Et enfin, tant qu'à faire, jetons des cailloux à tous les gens qui font des parodies de Bref, qui font la blague "tu vas plus en soirée", qui vont "sur" Paris, ou "dans le 9-3", parce que ça les impacte et qu'ils vont revenir vers toi en faisant un running pour te faire un debrief sur le bad buzz. Au jour d'aujourd'hui.

 


 

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