Les labels indépendants protestent en streaming

L'actualité numérique Jeudi 17 juillet 2014

Réécoute
Les labels indépendants protestent en streaming
En conflit avec YouTube depuis de longs mois au sujet de leur rémunération sur les supports numériques, les labels indépendants viennent de monter le WIN, une structure ad hoc pour contre-attaquer.

Combien vaut le streaming ? Pas grand chose, à écouter certains artistes. L'année dernière, Thom Yorke, le leader de Radiohead, y allait de sa sentence toute en pondération, voyant dans Spotify "le dernier pet désespéré d'un corps mourant". Il n'empêche : depuis de longs mois, les labels négocient ardemment leurs droits numériques. En particulier avec YouTube, qui est en train de monter son service de streaming musical payant.

Sauf qu'à parlementer chacun dans leur coin, certains se sont rendus compte qu'ils touchaient moins que leur voisin. Et puisque les indés n'ont ni les hanches d'Universal, ni les costumes en croco de Pascal Nègre, 700 d'entre eux ont décidé de s'allier au sein de l'optimiste WIN, pour Worldwide Independent Network. On y retrouve quelques gros poissons comme Sub Pop, Matador, Rough Trade ou 4AD, voire quelques superprédateurs, tel XL (le label d'Adele, qui a écoulé plus 3 millions de copies numériques de son "21", tout de même). Viennent également pointer quelques organisations professionnelles comme l'UFPI, l’Union des producteurs phonographiques français indépendants.

La guerre du pre-roll

En substance, les indés réclament les mêmes contreparties financières que les majors. Dans le détail, ils se sont fendus d’une déclaration en 5 points : ils y réclament plus de clarté sur les droits numériques dans les contrats, de meilleures conditions de monétisation de la musique en ligne, le soutien aux labels indépendants, et même - ce n’est pas une blague - la promotion des artistes qui militent contre le piratage.

Le mois dernier, les mêmes labels indépendants s’étaient déjà frités avec YouTube, quand ils avaient refusé les conditions de rémunération imposées par la filiale de Google. Réponse immédiate de YouTube, en bloquant les pre-rolls, ces publicités qui précèdent n’importe quel clip de Booba ou d’Arcade Fire. En langage usuel, le mammouth américain menaçait de démonétiser toutes les vidéos des labels réfractaires.

L’air de dire : on enlève notre doigt du bouton nucléaire si vous gardez le vôtre sur la couture du pantalon. On avait déjà eu droit au même tir de sommation en janvier 2013, puisque YouTube avait subitement retiré les pubs des clips français après l’expiration d’un accord avec la Sacem. Et à chaque fois c’est pareil, dans la musique comme ailleurs : quand Google ferme le robinet, tout le monde meurt de soif.

Olivier Tesquet



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Photo CC BY-NC-ND 2.0 The Logo Smith

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