Les Kiribati, Atlantide du XXIe siècle

Pendant ce temps, à Vera Cruz Mardi 22 octobre 2013

Réécoute
Les Kiribati, Atlantide du XXIe siècle
L'archipel des Kiribati, au large de la Nouvelle Zélande, est sérieusement menacé par la montée des eaux. Un habitant apeuré a fui son île il y a quelques mois et demande maintenant à Auckland le statut de "réfugié climatique".

 

Daphné Gastaldi, notre correspondante en Nouvelle-Zélande, a mis ses bottes en caoutchouc. Son reportage est à écouter ci-dessus.

 

Capitale : Tarawa-Sud. Population : 110.000 habitants (les Gilbertins). Drapeau : un coucher de soleil sur l'océan, survolé par un oiseau (la frégate). Telle est la petite république parlementaire des Kiribati, ancienne colonie britannique, politiquement indépendante depuis 1979.

 

Le joli drapeau des Kiribati, où il n'y a pas que le soleil qui finit englouti par les eaux

 

Première particularité nationale : situé pile sur la ligne de démarcation entre les deux fuseaux horaires marquant le changement de date, l'archipel vivait, jusqu'en 1999, deux jours différents simultanément. Les insulaires de l'Est profitaient tranquillement de leur dimanche alors qu'il était déjà lundi dans l'Ouest de l'Etat. Pas pratique pour se fixer un rencard. Il était temps de normaliser la situation.

 

Deuxième particularité nationale : le pays est en train de couler. Economiquement d'abord (surtout depuis qu'il ne reste plus qu'une liaison aérienne pour rejoindre ces terres), mais aussi géographiquement : d'après la Commission des droits de l'homme de l'ONU, les Kiribati font partie des îles menacées par le réchauffement climatique.

 

Le président gilbertin Anote Tong (à droite) avec Spencer Beebe, fondateur de l'ONG écolo Ecotrust, en 2011

 

Les digues rudimentaires autour des habitations ne résistent pas aux plus grosses vagues, les murs s'effritent, les champs sont dévastés et les réserves d'eau douce sont régulièrement contaminées par des infiltrations d'eau salée. La situtation est en passe de devenir une urgence humanitaire.

 

Le président Anote Tong est en discussion depuis plusieurs mois avec ses voisins des îles Fidji pour leur racheter quelques milliers d'hectares dans le cas où il faudrait forcer son peuple à déménager. Mais un autre Gilbertin n'a pas eu la patience d'attendre : Ioane Teitiota, un père de famille de 37ans, a déguerpi clandestinement, avec femme et enfants, jusqu'en Nouvelle Zélande.

 

Atoll de Tarawa, à l'ouest de l'archipel des Kiribati, en 2011

 

La semaine dernière, il s'est rendu jusqu'à la Haute cour de justice d'Auckland, la capitale, pour réclamer un statut de réfugié politique qui lui permettrait de rester sur place. Il refuse de retourner sur son archipel. "J'ai peur pour mes enfants, pour leur sécurité, parce qu'ils risquent de mourir."

 

Jamais personne n'a jusqu'ici obtenu un tel statut, où que ce soit sur notre planète, et la demande de Ioane Teitiota, si elle était satisfaite, constituerait un précédent décisif pour les gouvernements océaniens. Rien qu'aux Kiribati, plus de 100.000 personnes pourraient réclamer subitement un passeport néo-zélandais, australien ou fidjien. Des flux démographiques difficiles à gérer, d'où l'importance de la décision que la Haute cour rendra à la fin du mois. L'avocat du clandestin annonce déjà son intention de se tourner vers l'ONU.

 

Et parce qu'il y a toujours un Vera Cruz à l'autre bout du monde, retrouvez l'ensemble de nos reportages en cliquant par ici.


Commentaires