Les kings du fact-checking

le Reportage de la Rédaction Jeudi 07 novembre 2013

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Les kings du fact-checking
La tendance est venue des Etats-Unis, elle se répand dans toutes les rédactions : des journalistes deviennent préposés au fact-checking, le démontage des discours politiques. Et bientôt, on fact-checkera les fact-checkeurs.

 

Augustin Arrivé, de la rédac' du Mouv', a bien tout vérifié : les fact-checkeurs ne pourront pas le prendre en flag. Ecoutez son reportage ci-dessus.

 

Cette semaine, Metz accueille la 7e édition des Assises du Journalisme. Trois jours pour évoquer la profession, ses évolutions, les nouveaux médias, son économie en crise, les solutions pour y remédier. Hier, une invitée de marque a animé l'amphitéâtre de l'Arsenal. Cory Haik, rédactrice en chef de l'actu numérique au Washington Post. Elle était venue présenter son petit robot.

 

Washington Post Truth Teller from The Washington Post on Vimeo.

 

Truth Teller, qu'elle développe depuis deux ans, doit permettre de piéger en temps réel les politiques en flagrant délit de mensonge. Le principe est simple : des journalistes entrent des tonnes de données statistiques dans une base informatique. Quand un politicien parle, son discours est retranscrit automatiquement par écrit, puis comparé avec ces données pré-enregistrées. S'il ment, le robot nous le dit.

 

Loïs Siggen Lopez, journaliste à la RTS

 

"Plus on aura de données, plus vite on pourra signaler aux politiciens qu'ils mentent", explique l'Américaine. "Et je pense que ça les obligera à changer la manière dont ils parlent aux gens." Voeu pieux qui fascine ses homologues européens. Sans cette technologie, Loïs Siggen Lopez, de la RTS (la radio publique suisse), doit s'accorder un temps plus long : "je ne peux pas faire du fact-checking en direct, il faudrait pour ça être un super-héros qui maîtrise tous les dossiers."

 

Avec ce genre d'exercice, pas le droit à l'erreur. Lui prend le temps de tout vérifier, quitte à reconnaître également quand un discours est 100% authentique. "Ca peut aussi être intéressant, parce que nous avons tous des a priori sur certains partis, certaines personnalités, des tribuns dont on peut avoir l'impression qu'ils simplifient la réalité, et c'est bien de vérifier pour dire qu'ils sont en fait dans le vrai."

 

 

Sa chronique quotidienne se retrouve sur twitter, #factuelRTS. Elle est la première du genre en Suisse Romande. "Ce n'est pas tellement dans notre culture de pointer du doigt." Elle rencontre, depuis son lancement en septembre, un très grand succès. "Mais ça ne veut pas dire que les autres journalistes ne vérifient pas leurs infos."

 

Pierre-Albert Ruquier n'en est pas si convaincu. Ce Français développe actuellement un add-on pour les navigateurs web. Troo-click permet de vérifier la fiabilité des sites web d'actu. Quand des infos contradictoires sont repérées sur différents articles, son système l'indique automatiquement. "Il y a de plus en plus d'erreurs, liées à la multiplication des couvertures en temps réel. Les rédactions se battent pour sortir des infos avant les autres et les journalistes ne prennent plus la peine de vérifier ce qu'ils écrivent."

 

La crème du fact-checking, dont Cory Haik, du Washington Post, au centre © Augustin Arrivé, Le Mouv'

 

C'est l'arroseur arrosé : les fact-checkeurs deviennent fact-checkés. "On espère que notre système produira une prise de conscience au sein des journalistes." Troo-click sera dispo d'ici juin prochain, d'abord pour les sites anglophones, avant de se tourner vers le marché français.

 

Tous les rendez-vous des Assises du Journalisme, c'est à retrouver par ici.

 

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