Les intermittents sont-ils de vilains profiteurs ?

le Reportage de la Rédaction Vendredi 28 février 2014

Réécoute
Dernières diffusions
Les intermittents sont-ils de vilains profiteurs ?
Intermittents vs patronat : acte 2. En pleines négociations sur l'assurance chômage, le MEDEF veut supprimer leur régime spécifique d'indemnisation. Accusés de creuser le déficit de l'Unédic, les gens du spectacle sont-ils vraiment des privilégiés ? Pas sûr.

Des privilégiés, des profiteurs, qui creusent abusivement le déficit de l'assurance chômage. C'est le portrait peu flatteur que dresse le Medef des intermittents du spectacle. Le 19 février dernier, l'organisation patronale proposait de supprimer leur régime d'indemnisation, jugé inéquitable.

Jean-François Pillard, vice président du Medef, au micro d'Isabelle Raymond :


La réponse ne s'est pas faite attendre : occupation du Medef, pétition gag pour sa suppression, et manifs hier, un peu partout en France. 15.000 à 20.000 manifestants selon la CGT dont 7.000 dans le cortège parisien. Des comédiens, des musiciens, des danseurs, des circassiens mais aussi beaucoup d'ouvriers et de techniciens, très attachés à leur régime.

"Alors on danse" © Sébastien Sabiron

D'après le rapport 2012 de la Cour des Comptes, les intermittents représentent 3 % du nombre total de chômeurs mais génèrent un tiers du déficit de l'Unedic, soit un milliard d'euros. Dit comme ça, forcément ça fout le vertige. Mais les gens du spectacle ne veulent plus être considérés comme les sangsues du système.
  

Qui sont-ils ? Combien sont-ils ?

Selon un rapport publié en 2013 par le député PS Jean-Patrick Gille, 254 394 salariés ont côtisé au régime des intermittents en 2011. Parmi eux, à peu près autant d'artistes que d'ouvriers et de techniciens. Et contrairement au cliché qui voudrait que tous les intermittents touchent le chômage, seuls 43% d'entre eux sont indemnisés au moins un jour par an.

Un régime qui leur permet de continuer à créer, même pendant les périodes de travail non payées. Et elles sont nombreuses, si l'on en croît le comédien et metteur en scène Bernard Bloch :

Bernard Bloch © Sébastien Sabiron


Pour toucher des indemnités chômage, les intermittents doivent avoir travaillé au moins 507 heures (soit environ 3 mois et demi) sur dix mois pour les techniciens, dix mois et demi pour les artistes. Or dans les faits, les contrats sont souvent très courts (une à deux journées) et toutes les heures ne sont pas strictement décomptées. Ils doivent donc se vendre en permanence et jongler toute l'année entre différents employeurs.

Magouille et compagnie ?

S'ils ont choisi l'indépendance de leurs métiers, les intermittents en subissent la précarité. Comme partout, ils le reconnaissent, il y a des abus. Certains employeurs utilisent des permanents en les payant comme des intermittents. Certains salariés cumulent salaire et indemnité chômage. Des petits arrangements qui tendent à se raréfier selon les syndicats.

Avec le Medef, la mésentente cordiale © Sébastien Sabiron
  

Dans la plupart des cas, l'intermittent est avant tout un salarié précaire. Maël est artiste de cirque, membre des Kadavreski. Sans le régime spécifique des intermittents, cette toute jeune compagnie ne pourrait pas exister.

"Le statut me permet de manger et d'avoir un toit" © Sébastien Sabiron
    
En 2003, le bras de fer des intermittents avec le Ministre de la culture de l'époque Jean-Jacques Aillagon avait conduit à l'annulation de plusieurs grands festivals d'été dont celui d'Avignon. Cette fois, les enjeux sont différents. Le gouvernement et même Laurence Parisot sont favorables au maintien de leur régime spécial.
   
Mais la négociation sur l'assurance chômage se fait entre patronnat et partenaires sociaux, l'exécutif n'a pas voix au chapitre. Alors s'ils estiment leur régime vraiment menacé, les intermittents promettent "un été très chaud".
    
Reportage, photos : Sébastien Sabiron



Les choix actu du Mouv', c'est tous les jours dans le Reportage de la Rédaction

Et abonnez-vous au podcast RSS et iTunes

Commentaires