Les grévistes sont-ils de gros égoïstes ?

Façon de penser Jeudi 13 juin 2013

Réécoute
Les grévistes sont-ils de gros (connards) égoïstes… ?
Ne vous laissez pas abuser par le titre. Pour notre philosophe, la grève, c'est avant tout "l’expression d’une liberté résolument humaine". On vous explique pourquoi, avec philosophie.

 

Il y a trois manières d’attendre son train un jour de grève :

  • la manière énervée : avec une grosse envie de bouffer du cheminot et par extension tout ce qui ressemble de près ou de loin à un fonctionnaire….

 

  • La manière résignée : on s’est préparé, on est parti plus tôt, on s’est adapté, un peu comme pour un jour de pluie…

 

  • Et puis la manière enjouée : si, si c’est possible : il suffit d’écouter cette chronique et nos deux amis de la chanson du dimanche pour que ça aille mieux.

 

 

 

C'est quoi la grève ?

Alors c'est quoi la grève ? A part un bon lot de galères ?

Pour certains c’est juste une aberration, surtout dans le service public : c’est le comble de l’égoïsme, du corporatisme, du syndicalisme… Pour d’autres, ça reste l’exercice d’un plein droit qui exprime simplement une impasse dans le dialogue social interne d’une entreprise…

Mais dans les deux cas, la grève est l’expression symbolique d’une rupture : le travail s’arrête. Non pas parce qu’on ne peut plus travailler mais parce qu’on ne veut plus.

Une grève c’est d’abord l’expression d’une volonté et dans ce cas précis d’une volonté collective.


 

Et c’est important parce qu’une volonté simplement particulière de ne pas travailler… c’est suspect, il y a toujours le risque que ce soit de la paresse… !

Pour la philosophe Simone Weil,  l’enjeu de toute grève, au-delà des revendications particulières, ce n’est ni plus ni moins de retrouver sa dignité. Pourquoi ? Parce qu’en refusant de reprendre le travail, on exprime une liberté, une possibilité de refuser, de résister. Une possibilité de sortir des étiquettes réductrices et de se "sentir homme" à nouveau. Et c’est justement ça la dignité.

Il y a donc dans toute grève, qu’on soit d’accord ou non avec ses raisons, un fond de sauce respectable : c’est l’expression d’une liberté résolument humaine.

Alors même si là, maintenant, elle me pourrit bien mon début de journée cette grève, il vaut mieux vivre dans un monde avec droit de grève que dans un monde sans droit de grève.

Thibaut de Saint Maurice

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