Les grandes marques de fringues exploitent le Bangladesh

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Jeudi 24 avril 2014

Réécoute
Les grandes marques de fringues exploitent le Bangladesh
Le 24 avril 2013, un immeuble s'effondrait à Dacca, capitale du Bangladesh. 1.135 morts, 2.000 blessés, principalement des ouvriers du textile. Le bâtiment abritait plusieurs entreprises du secteur. Près d'un an après les choses changent, mais au ralenti.

 

Des indemnisations qui tardent

Le Bangladesh commémore aujourd'hui le premier anniversaire de l'accident du Rana Plaza. Un immeuble abritant des milliers d'ouvriers du textile s'était effondré dans la capitale Dacca. Pour indemniser les rescapés de l'accident et les familles des victimes, le Bureau International du Travail a mis en place une cagnotte.

Libres aux grandes marques de l'habillement d'y contribuer. Evidemment, elles ne l'ont pas fait. Seul le britannique Primark a effectivement versé de l'argent, 640 dollars par personne. Carrefour ou Auchan par exemple refusent de répondre aux appels des ONG. Elles nient tout lien avec les ateliers dévastés. Le fond devait atteindre 40 millions de dollars. On n'en est même pas à la moitié. L'avocate Sarah Hossain suggère de changer la législation :

Aujourd'hui quand un travailleur meurt, sa famille touche 1.000 dollars. Pour éviter qu'un tel drame se reproduise il faut faire payer plus cher le coût d'une vie humaine.


 

La sécurité en voie d'amélioration, mais...

Après la catastrophe, les marques européennes et américaines ont mis en place l'Accord et l'Alliance, deux équipes d'ingénieurs chargées de mener des inspections de sécurité dans les 4.000 usines textile du Bangladesh. Elles ont démarré en février. Avec les inspections menées par le gouvernement, sept usines en tout ont dû être fermées.

 

Une usine de tissage dans la banlieue de Dacca : température ambiante, plus de 40° © Marion L'Hour


"On doit veiller à ce que les salariés continuent d'être payés pendant trois mois", insiste Roy Ramesh, du syndicat IndustriALL. "Ca peut atteindre un demi-million de dollars", tient à souligner Vidiya Khan, la patronne de Desh Garment Limited. "Et si on a pas la trésorerie ? Même si l'Accord peut nous prêter de l'argent, on ne saura pas dans quel délai le rembourser ni à quel taux d'intérêt."

 

Des salaires augmentés

En novembre 2013, le salaire minimum a tout de même augmenté de 77% à 5.300 takas par mois pour un travailleur du textile, soit 51 euros environ. "Mais les loyers ont augmenté de presque autant dans la foulée"précise Amirul Haque Amin, du syndicat NGWF. "On est loin du salaire qu'il faudrait pour vivre décemment."

 Mais les marques refusent de faire un geste. "Pour 30 centimes qu'il aurait fallu obtenir, nos clients occidentaux nous ont concédé trois centimes au mieux", s'indigne Vidiya Kahn. Les syndicats et ONG espèrent une pression des consommateurs, seuls à même selon eux d'influencer les grands groupes. "En acceptant de payer dix centimes de plus, les consommateurs pourraient changer la vie des travailleurs", estime Roy Ramesh.

 

Les lendemains difficiles des victimes de la catastrophe © Reportage AFP, 2014

 

Les syndicats encore peu respectés

Quelque 150 syndicats se seraient créés dans les usines textiles depuis l'effondrement du Rana Plaza. Mais pour exister, une organisation doit représenter au moins 30% du personnel en termes d'adhérents. "Une règle contraire à celles de l'OIT", précise Alauddin Sherkhan, syndicaliste chez Super Shine Apparel ltd. "Les managers nous mettent sans arrêt la pression, psychologiquement, parfois physiquement. Mais depuis la création du syndicat en février dernier, nous avons enfin notre jour de congé hebdomadaire."

 

Parce qu'il y a toujours un Vera Cruz à l'autre bout du monde, retrouvez l'ensemble de nos reportages en cliquant par  !

Et abonnez-vous au podcast, RRS et iTunes.



Reportage et photos : Marion L'Hour, France Info

Commentaires