Les festivals de ciné guident-ils encore le public ?

le Reportage de la Rédaction Lundi 18 août 2014

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Les festivals de cinéma servent-ils encore à quelque chose ?
Le festival de Locarno, 1er grand festival de la saison, a récompensé samedi soir un film philippin de plus de 5h30. "From What Is Before" ne remplira sans doute pas les salles, mais son trophée est peut-être sa seule chance d'être distribué.

 

"Nous vivons dans un monde de surmédiatisation, de surinformation sur le cinéma", estime Isabelle Giordano, la directrice d'Unifrance, l'organisme chargé d'exporter le cinéma français. "C'est justement pour cela que les festivals sont utiles. Ils continuent de jouer un rôle de prescription". Et à l'heure d'Internet, où des teasers, extraits et autres interviews sont disponibles parfois des mois avant la sortie en salles, ce rôle de conseil n'a pas tellement changé.

Patrick Fabre, directeur artistique du Festival de St-Jean-de-Luz, abonde dans le même sens : "Bien sûr, pour un film comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu, les festivals n'ont pas d'influence. D'ailleurs il n'a sans doute été sélectionné nulle part. Mais pour des oeuvres françaises à petits budgets, ça peut être tout simplement une chance d'être montré à un public." Il cite Une histoire banale, présenté l'an dernier à St-Jean-de-Luz alors qu'il n'avait même pas de distributeur.

 

"Une histoire banale" d'Audrey Estrougo, distribué grâce à son parcours en festival © Damned Distribution

 

"Aurait-on parlé du film turc Winter Sleep s'il n'avait pas eu la dernière Palme d'Or ?", s'interroge Jean-Pierre Touati, historien et professeur de cinéma européen à Sciences-Po Paris. Evidemment, sorti en France le même jour que Lucy de Luc Besson, il ne tient pas la comparaison en terme de fréquentation, mais l'essentiel n'est pas là : "Au moins, la possibilité lui a été donnée d'exister dans les salles européennes."

Patrick Fabre remarque d'ailleurs qu'on "retrouve souvent sur les bandes-annonces et les affiches des films leurs parcours en festivals", preuve de l'intérêt maintenu du public pour ces grands rendez-vous.

 

"From What Is Before", de Lav Diaz, Léopard d'Or samedi à Locarno, peut-être bientôt en salles

 

Dans certains cas, ces festivals sont aussi prescripteurs, non pas pour le public mais pour les professionnels. Ainsi Toronto, du 4 au 14 septembre prochain. Chez Unifrance, Isabelle Giordano attend ça avec impatience. "Cette année, quarante films français vont y être présentés. Ils n'attendent qu'une chose : être vendus sur le territoire américain qui est le deuxième plus gros marché pour le cinéma français."

 

Grâce à la Palme d'or, le film "La vie d'Adèle" a été vendu dans plus de 100 pays. © Wild Bunch

 

Un festival permet aussi de découvrir de nouveaux cinémas (asiatique, africain, sud-américain, etc). Mais une impression persiste, notamment à Cannes : on retomberait toujours sur les mêmes têtes. Jean-Christophe Buisson, rédacteur en chef des pages culture du Figaro magazine, est catégorique :

Il y a des films qui  n'arrivent pas à être présentés en festivals parce que les gens qui les proposent n'ont pas la "carte". Ils ne sont pas dans les petits papiers de ceux qui font les sélections.


 

Patrick Fabre tempère l'accusation : "Il y a parfois une volonté des sélectionneurs de continuer un travail avec des auteurs. En même temps ce sont souvent de très grands auteurs." Le festival de Saint-Jean-de-Luz est protégé de cette critique : il est réservé aux premiers et deuxièmes films de jeunes réalisateurs. La sélection 2014 sera dévoilée le 20 septembre, pour une cérémonie d'ouverture le 6 octobre. 

 



 

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Reportage : Léo Chapuis

Photo de couverture : la montée des marches du festival de Cannes Cc Flickr Ellen Nivrae

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