Les creepypasta, nouveaux repoussoirs du web ?

L'actualité numérique Lundi 09 juin 2014

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Les creepypasta, nouveaux repoussoirs du web ?
Deux fillettes du Wisconsin ont été interpellées pour avoir poignardé à 19 reprises une de leurs camarades. Elles voulaient rendre hommage à Slender Man, l'une des plus célèbres légendes urbaines du web. Mais comment en arrive-t-on là ?

 

Sondage express: qui n’a jamais titillé son trouillomètre sous la tente marabout d’une colonie de vacances en se racontant des histoires de monstres et de dame blanche à la lueur d'une lampe frontale?

La semaine dernière, vous l'avez probablement lu partout, deux fillettes de 12 ans originaires du Wisconsin ont poussé le jeu un peu trop loin, faisant passer l'intégrale de Fais-moi peur ! pour de la gnognote. Au terme d'une partie de cache-cache au fond des bois, elles ont poignardé une de leurs camarades de 19 coups de couteau.

Aujourd'hui, la victime est hospitalisée dans un état grave et les deux jeunes filles risquent la bagatelle de 65 ans de prison.

 

Là où le glauque devient majuscule, c'est quand Morgan et Anissa expliquent avoir voulu rendre hommage à Slender Man (littéralement "l'homme longiligne"), une grande silhouette sans visage célèbre pour être l'une des premières légendes urbaines du web communautaire. Né en 2009 à l'occasion d'un concours de retouches photo organisé par le site Something Awful (réputé notamment pour ses "Photoshop Phridays"), rien ne semblait le destiner à devenir l'une des figures tutélaires de l'effroi numérique.

Avant de passer à l’acte, les deux gamines ont longuement parcouru Creepypasta, un wiki qui fourmille de récits lovecraftiens et effrayants. Outre le mythe de Slender Man, on y retrouve les histoires fictionnelles de Jeff The Killer, un adolescent revanchard, ou de BEN, un esprit maléfique qui vivrait dans une cartouche du jeu Zelda.

Marble Hornets, Rotten et conspirationnisme

 

 

Mais l'ombre de Slender Man trouve un écho particulier : à l'inverse d'un monstre du Loch Ness (à tout hasard), il s’agit d’une légende urbaine agglutinante, un work in progress permanent sur lequel viennent se greffer de nouveaux éléments, parfois sonores et visuels, à l'apparence très vraisemblable.

 

 

 

Presque immédiatement après sa création, un Américain du nom de Troy Wagner s’est par exemple mis à publier de courtes vidéos sur la traque imaginaire de "The Operator", un autre avatar de Slender Man. Caméra DV à la main, deux étudiants essaient de suivre sa piste, après l'avoir repéré dans le projet de film de l'un d'eux. Baptisée Marble Hornets et scénarisée comme un film d’horreur à la Blair Witch, la série compte déjà 90 épisodes d’une dizaine de minutes, publiés tous les mois.

Même si sa fanbase faiblit (ils ne sont plus qu'une centaine de milliers de fidèles à suivre les interminables aventures d'Alex et Jay), l'initiative est venue donner corps au Slender Man, en creusant le filon très anglo-saxon de la "réalité alternée".


D’une certaine façon, les creepypasta (puisque c’est devenu un nom générique, dérivé du terme "copypasta", qui décrit le phénomène de copier-coller à l'infini sur Internet) sont devenus une pierre angulaire de la culture web : ils empruntent à Rotten et Ogrish, ces cabinets de curiosité pas très ragoûtants où les ados des années 2000 s’échangeaient des liens morbides de décapitation et d’éléphantiasis.

Mais ils se rattachent aussi plus globalement au conspirationnisme, auquel ils piquent cette organisation "en mille-feuille" (cf. La Démocratie des Crédules de Gérald Bronner) et cette apparence de vérité.

 

Moralité : si vous en avez marre d’entendre que c’est la faute des jeux vidéo, vous n’avez qu’à dire que c’est celle des creepypasta.

 

Olivier Tesquet


 

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Photo Flickr CC BY-NC-ND 2.0 Kin York

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