Les César, donneurs d'honneur

La Pop au carré Vendredi 28 février 2014

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Les César, donneurs d'honneur
Avec Scarlett Johansson, l'Académie des Arts et Techniques du cinéma poursuit une tradition discutable : offrir à une star en promo un César d'honneur "pour l'ensemble de sa carrière". Une récompense relevant parfois davantage de l'appétit de paillettes que de la sensibilité artistique.

 

Il ne s'agit pas ici de s'adonner à du Johansson bashing. Scarlett nous a vaguement irrités ces dernières semaines, mais nous ne sommes pas vaches au point de lui nier quelque don d'actrice. Elle était épatante dans Lost in Translation ou Ghost World. Mais un César d'honneur ? Pour l'ensemble de sa carrière ? Deneuve n'a pas eu ce cadeau, Danièle Thompson ou Anna Karina non plus. Et si le critère est d'être une vedette hollywoodienne, pourquoi ne pas lui avoir préféré Lauren Bacall, Mia Farrow ou Helen Mirren ?

"J'ai amorcé un rajeunissement et je m'émerveille du renouvellement des talents", se défend Alain Terzian, le président de l'Académie, dans Le Figaro. "Si l'icône de Woody Allen et Sofia Coppola ne vous fait pas rêver, consultez un psy." Ne nous emportons pas. D'autant que Scarlett Johansson n'est pas la première lauréate à susciter l'interrogation. Il y en eut d'autres, bien avant l'arrivée de Terzian à la présidence.

 

Diana Ross (César d'honneur 1976)

La chanteuse des Supremes a bien des talents. Néanmoins, sa carrière ciné se résume à quatre films, peu ou prou tombés dans l'oubli. En 1976, elle n'en avait tourné que deux. Suffisant pour séduire le public (elle obtint le Golden Globe de la meilleure révélation féminine pour son interprétation de Billie Holiday dans Lady Sings the Blues), mais peut-être pas assez pour s'installer au Panthéon des grandes. Seulement voilà : elle était en France pour une série de concerts, alors autant en profiter.

 

Sylvester Stallone (César d'honneur 1992)

 

En 1991, Sly reprenait le rôle-titre de Louis de Funès dans Oscar. L'adaptation ricaine (sortie en France sous le titre L'embrouille est dans le sac) fut nommée aux Razzie Awards dans les catégories pire film, pire second rôle féminin et pire acteur (pour ce pauvre Stallone). Une réussite, donc. Mais il venait de rendre hommage à Louis de Funès, alors il fallait bien lui rendre la pareille. Ce qui explique sans doute ce César d'honneur pour une star qui a incontestablement marqué le cinéma de son temps, mais davantage pour ses biceps et ses pec' que pour son jeu de comédien. Je sais : Rocky, tout de même, c'était pas dégueu.

 

Andy MacDowell (César d'honneur 1997)

 

Qui eut cru qu'en débutant dans Greystoke la légende de Tarzan avec Christophe Lambert, on pouvait finir par recevoir un César d'honneur ? Andie MacDowell y est parvenue grâce à trois films culte. Sexe, mensonges et vidéo, qui lui fera découvrir Cannes, Un jour sans fin, du regretté Harold Ramis, et Quatre mariages et un enterrement, renouveau de la comédie anglaise. Pourtant, ces trois oeuvres ont surtout profité à d'autres (Steven Soderbergh, Bill Murray et Hugh Grant) et on s'étonne que l'égérie L'Oréal qui, depuis, additionne les bouillons, ait obtenu cet hommage.

 

Will Smith (César d'honneur 2005)

 

Oui oui, Will Smith. Le Prince de Bel Air, Bad Boys, Independance Day, l Robot, Hitch expert en séduction... César d'honneur. Oui oui. La légende de Bagger Vance. Oui oui.

 

César Baldaccini (César d'honneur 1992)

 

César est un immense sculpteur, entendons-nous bien. Mais il n'a jamais travaillé pour le cinéma. Lorsque Georges Cravenne, fondateur des César, décide de lui confier la mission d'imaginer un trophée à offrir aux artistes du palmarès, c'est avant tout parce qu'il est génial, parce que les deux hommes sont amis et parce Cravenne aime l'idée d'un nom qui ressemble à Oscar. "Cinq lettres qui rimaient à tel point que la naissance du second était devenue évidente", expliquera le publicitaire. L'artiste, lui, visiblement ravi qu'on lui offre une compression qu'il avait lui-même dessinée, a préféré la refiler au patron du Fouquet's.

 

René Ferracci (César d'honneur 1986)

"C'est avec beaucoup d'émotion que je reçois cette récompense au nom de mon mari", déclarait, très digne, madame Ferracci. "Avec ce César d'honneur, René est un peu parmi nous ce soir." René ? René Ferracci bien sûr ! Prestigieux affichiste pour Truffaut, Pialat ou Resnais, il recevait en 1986 à titre posthume un César d'honneur. Pour le coup, voilà quelqu'un qui a consacré 35 ans de sa vie au cinoche, il mérite bien des honneurs. Mais, total inconnu du grand public, jamais dans la lumière, pas glam' pour un sou, on peut être surpris que l'Académie ait choisi de tant le mettre en avant.


 

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Sujet et mise en page : Augustin Arrivé

Photo de couverture : Cc FlickR Gage Skidmore


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