Les Béninois rouges de colère

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 25 septembre 2013

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Les Béninois rouges de colère
Leur président, de moins en moins populaire, envisage une révision constitutionnelle qui lui permettrait de briguer un troisième mandat. Pour protester, des milliers de Béninois portent, chaque mercredi, des vêtements rouge-sang.

 

Delphine Bousquet, notre journaliste à Cotonou, ne rougit pas devant ses interlocuteurs. Son reportage est à écouter en cliquant ci-dessus.

 

Si on vous dit "Thomas Boni Yayi", il est probable que ça ne vous dise pas grand chose. Même si on ajoute une petite photo pour vous mettre sur la voie :

 

Boni Yayi, président du Bénin © AFP

 

Thomas Boni Yayi est président du Bénin. Il a été élu en 2006 avec 74% des voix au 2nd tour. En 2011, le scrutin avait été repoussé à la demande de l'opposition, qui se plaignait de la non-inscription d'un million d'électeurs sur les listes. C'est certain : c'est embêtant. Finalement, le chef d'Etat a été reconduit, finger in the nose, dès le 1er tour.

 

Les prochaines élections n'auront lieu qu'en 2016, mais déjà les adversaires de Boni Yayi sont inquiets. L'homme fort du pays veut réviser la constitution. Il assure vouloir la moderniser, en y inscrivant notamment l'imprescriptibilité des crimes économiques. Ca fait 27pts au Scrabble et ça veut dire qu'un politicien qui volera dans les caisses pourra être poursuivi ad vitam aeternam. Projet louable.

 

Les opposants, eux, sont persuadés que c'est une opération d'enfumage pour l'autoriser à se briguer un troisième mandat (ce qui est pour l'instant interdit). Alors pour protester, une asso, Alternative Citoyenne, propose de porter, chaque mercredi, le rouge de la colère.

 

Militants béninois d'Alternative Citoyenne, anti-réforme constitutionnelle © Dimitri Vihoundje, 2013

 

Dans les petits clubs de foot, au travail ou simplement dans la rue, les militants portent ce jour-là cravate, chemise ou foulard unis, couleur rubis. "Le rouge figure sur notre drapeau", explique un professeur de collège, "ça représente le courage et ça évoque le sang de ceux qui ont payé de leur vie pour sauver la démocratie." Ils ne comptent pas céder, d'autant que le pays plonge dans le chômage, attisant la colère populaire.

 

Ce qui sera compliqué, c'est de tenir, avec la même verve, jusqu'en 2016. Un marathon politique d'ores et déjà perturbé par les partisans de Boni Yayi qui viennent de lancer, en réponse, le mouvement des "vendredis blancs". Et puis, vous savez ce qu'on dit : "blanc sur rouge, rien ne bouge."

 

Et parce qu'il y a toujours un Vera Cruz à l'autre bout du monde, retrouvez l'ensemble de nos reportages en cliquant par ici.


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