Les ados brésiliens, prostitués malgré eux

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 21 mai 2014

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Les ados brésiliens, prostitués malgré eux
600.000 supporters de foot étrangers s'apprêtent à débarquer au Brésil, dont une majorité d'hommes voyageant en célibataire. Le gouvernement et les associations craignent une explosion du tourisme sexuel, fléau déjà répandu dans le pays.

 

"Ici, à Bahia, il y a beaucoup de touristes. J'allais vers la plage, ils m'appelaient. Avec eux, on gagnait plus d'argent. Je gagnais énormément mais ça a été un des moments les plus durs de ma vie." Andressa a connu la prostitution à 13 ans. Elle vit désormais, comme une centaine d'autres ados, dans un foyer d'accueil de la ville, l'une des douze communes qui accueilleront le Mondial le mois prochain. Nilza Moura, psychologue de ce centre, ne se fait aucune illusion : les abus sexuels vont se multiplier.

Ce Mondial va être un moment très tendu. Nous faisons un travail de prévention avec les jeunes filles qui sont déjà parmi nous, pour éviter qu'elles fuguent. Parce qu'elles savent, pour l'avoir déjà vécu, qu'elles peuvent gagner beaucoup d'argent dans ces moments-là.


 

Foyer d'accueil pour adolescents victimes d'abus sexuels, à Salvador de Bahia © Elodie Touchard

 

Le Brésil à l'étranger, c'est une image fausse de liberté et de moeurs débridées. Des préjugés culturels auxquels il faut ajouter le sentiment d'impunité lié à l'anonymat d'un voyageur transporté à des milliers de kilomètres de ses proches, et vous obtenez un risque bien réel, une menace qui inquiète jusqu'au gouvernement brésilien.

Depuis deux ans, le ministère du tourisme renforce sa politique de prévention. Des agents ont été formés pour aller sensibiliser les professionnels du secteur et encourager les dénonciations. "Le tourisme sexuel, ce n'est pas du tourisme, c'est un crime", se révolte Adelino Neto, responsable de la protection de l'enfance au ministère :

On ne veut pas de ça au Brésil, on ne veut pas avoir d'ici neuf mois les bébés du Mondial.


 

"Ne détournez pas le regard", campagne préventive placardée dans tout le Brésil

 

Des millions d'affichettes (comme celle reproduite ci-dessus) ont été placardée dans les aéroports, les hôtels, les bars et les restos. Une nouvelle loi doit également être votée avant le début de la compétition pour alourdir les peines encourues en cas d'exploitation sexuelle des enfants. Les clients pédophiles ne pourront plus espérer ni amnistie, ni libération sous caution.

 

Le Brésil, c'est aussi le pays en pointe sur les libertés numériques. La preuve par ici.

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Reportage et photo de couverture : Elodie Touchard          Mise en page : Augustin Arrivé

 

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